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 Ma chère Lisaëlle

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Claire72



Nombre de messages : 386
Age : 34
Localisation : France- Le Mans
Je suis : Maman de
Ange(s) : Lisaëlle
Décédé(e) à : 31 semaines d'aménorrhée
Le : 13/08/2014
Date d'inscription : 31/08/2014

MessageSujet: Ma chère Lisaëlle   Jeu 9 Oct - 17:27

Ma chère Lisaëlle,
 
  Aujourd’hui j’ai envie d’écrire ton histoire, notre histoire ; ça me rend un peu nerveuse. Je me demande si c’est le bon moment mais y-a-t’il un meilleur moment ? je me dis que ça peut peut-être m’aider à avancer.
   Début Février, je crois, je ne me souviens plus très bien, j’ai appris que tu grandissais en moi et ce depuis le 19 janvier. Je me doutais que tu étais bien là, j’avais ce pressentiment. Mais à cette période, tu n’étais pas plus grosse qu’un petit pois ! J’ai fait un test de grossesse au boulot ; je me souviens très bien de cette journée. J’avais pris en photo le résultat du test et l’avais envoyé à ton papa ; qui l’a reçu tardivement car le message n’était pas parti !! ça y est notre vie allait encore changée, j’avais un peu peur mais je me disais que les autres mamans y arrivent bien alors pourquoi pas moi ? Les 3 premiers mois ont été difficiles ; j’étais extrêmement fatiguée, aussi des nausées avec des vomissements. Mon ventre a commencé à prendre forme rapidement, j’étais fière. Au travail, des collègues devinaient que j’étais enceinte même avant de leur avoir dit. A la 1ère écho, la sage-femme prenait le temps de tout nous expliquer et tout va bien ; tu grandis bien. J’avais peur que l’on me dise que tu n’étais pas toute seule, c’était le premier avril. C’est toujours émouvant de te voir sur un écran et de me dire que tu es bien dans mon ventre. Le travail reste dur, je suis épuisée, j’ai une petite tension mais rien d’inquiétant. J’ai une semaine d’arrêt pour reprendre un peu de force et finalement je suis prolongée. J’ai des douleurs au ventre, j’ai besoin de repos. Ma tension ne remonte pas mais mes douleurs s’estompent. Je reprends le travail une journée, c’est très dur. Je suis de nouveau en arrêt et je ne vais pas retourner au travail finalement. La sage-femme fait un courrier au médecin pour qu’il m’arrête jusqu’au congé maternité. Je fais ma deuxième écho. Nous sommes mi-juin. Tu es une fille, je suis si heureuse. Tu vas pouvoir réutiliser les affaires de ta grande sœur. Je m’imaginais bien mes deux filles jouer à la poupée ensemble. Maintenant il faut un prénom. Papa me parle d’Elise, j’aime bien, mais on voulait un prénom breton pour tes origines. J’aime beaucoup les consonances en aël. Alors je réfléchis et me vient Lisaëlle, ça plait beaucoup à papa. Après c’est moi qui hésite. Je vais finalement le valider une semaine avant ta disparition. A la maison, j’ai envie de faire pleins de choses mais je n’y arrive pas car je suis trop fatiguée. Les journées passent trop vite, entre m’occuper de ta sœur et me reposer ; je ne trouve pas le temps et la force physique de m’occuper de la maison, du coup par moment je n’ai pas trop le moral mais ça va. Ta grand-mère m’aide beaucoup. Ton papa est très occupé dans son nouveau boulot . Une activité dans laquelle je m’épanouis, c’est de trouver des idées de décoration de ta chambre !! je passe beaucoup de temps sur l’ordinateur à trouver les meilleurs idées ! Le thème est trouvé : les oiseaux. Je décris ce que je veux à la couturière, elle te préparera ton tour de lit, tes paniers, ta couverture, ton coussin, ton abat-jour, ton mobile mais n’aura pas fait ta turbulette. Je veux te préparer un tableau, une guirlande électrique mais j’attends… je ne sais pas ce que j’attends.
Je me promène pas mal dans les magasins pour trouver des accessoires, mais je ne marche pas longtemps car je fatigue. Mon ventre est bien gros. Je cherche des meubles qui iraient dans ta chambre. On achète l’armoire et la table à langer. Je demande à ton grand-père de me poncer un coffre à jouet pour que je puisse le repeindre. Je râle après ton papa car il ne range pas ta chambre qui était avant son bureau et la pièce de débarras. Mamie va beaucoup m’aider à déplacer les meubles. Je commence à regarder avec Mamie ce dont j’ai besoin en vêtements pour t’accueillir. J’ai ton nécessaire de toilette. Je récupère beaucoup de choses de ta grande sœur. Ma liste est prête. Je sais ce qu’il me manque et où me les procurer (la poussette, le tapis d’éveil,…) Nous avons choisi de partir une semaine en vacances avec papa, nous irons en Bretagne, à Pouldreuzic dans la maison de vacances de ton autre mamie.
Nous arrivons là-bas, le vendredi soir. Le dimanche matin, 9 Août, nous allons nous balader. J'ai un peu mal dans le ventre, ça m’interpelle un peu mais sans plus. Je ne t’ai pas sentie bouger mais j'étais bien occupée alors je n'ai pas dû faire attention. Lors de ma sieste, je suis plus surprise de ne pas te sentir car là je te sentais en systématique mais je ne pense pas au drame. Après nous retournons nous balader, j'ai toujours mal au ventre. Je trouve ça très curieux car je n'avais plus eu de douleur depuis que j'étais en arrêt de travail soit déjà 2 mois. Après la balade, retour au calme. Tu ne bouges toujours pas. Je commence à en parler à papa, j'ai attendu qu’Anna soit couchée. Il me rassure, me dit que tu as dû bouger et que je m'en suis pas rendue compte. Je ne suis pas sereine mais je me dis que ce n'est pas possible que tu sois morte, j'y pense mais vu que ce n'est pas possible dans ma tête; je me convaincs que je me fais des idées.  Je regarde sur internet, ils disent qu'il faut se mettre sur le côté, allongée, ça fait plus bouger les bébés alors je décide d'aller me coucher pour y être attentive et je finis par m'endormir. Je suis réveillée en pleine nuit, je faisais un cauchemar, que tu étais en réa,... et là insomnie; je fouille sur internet, commence à regarder des articles sur les bébés mort in utéro, me dis que je suis folle de regarder ça; je cherche le numéro de la sage-femme la plus près et me dit que j'appelle demain pour me rassurer. Je me rendors 2h30 plus tard. Le matin, tu ne bouges toujours pas. Je suis triste. J'appelle la sage-femme, me donne un rdv dans la demi-heure. Je pleure quand je dis à mamie que l'on va voir la sage-femme et que je lui confie donc Anna. La sage-femme n'entend pas ton petit cœur, les larmes coulent doucement. Elle essaie aussi de me rassurer en me disant que ça peut arriver si le cœur est de l’autre côté. J'avais très bien compris ce qu’il se passait. Elle m'envoie rapidement à l'hôpital de Quimper, et me dit qu’elle les prévient que j’arrive. Je suis à 31 semaines de grossesse. A quimper, urgences gynéco, l’entrée administrative est extrêmement longue. Une fois les papiers faits, je remonte dans le service des urgences gynéco. De nouveau monitoring, rien. La sage-femme appelle l'interne, qui arrive encore une dizaine de minutes plus tard. L’attente est longue. Elle me fait une écho, je ne vois pas bien l'écran mais je vois que ton papa s'écroule. L'interne nous dit "il n'y a plus d'activités cardiaques", je pleure de douleur,je hurle. Quelqu'un avait mis un mot sur ce que je savais mais j'avais espoir que l'on m'emmène en urgences au bloc pour une césarienne, que toi, mon bébé, tu serais en réa, que ce serait compliqué à gérer car on habite loin mais ce n'était pas grave; mais non je n'ai pas eu cette chance. Lisaëlle était morte. Tu es certainement partie le même jour que ton arrière grand-mère. Mes parents ont fait la route pendant que je passais des examens pour savoir si ton papa et moi pouvions rentrer à la maison ce soir là. Nous sommes rentrés vers 19h. On avait dit à Anna qu’on allait faire une course, je sais qu’elle s’inquiétait. On a pris le temps de tout expliquer à ta grande sœur «  ta petite sœur ne viendra pas, tu ne pourras pas jouer avec elle comme on te l’avait dit, tu ne pourras pas prendre de bain avec elle. Son petit cœur s’est arrêté. On est très triste » On pleure. Je lui explique aussi que les docteurs vont t’enlever de mon ventre. Anna te fera un dernier gros câlin à travers mon ventre. Elle voit bien que papa n’arrive pas à se calmer et elle prend un livre en lui disant «  écoute papa l’histoire ». Ta grande sœur avait tout compris. Je suis revenue le lendemain matin pour revoir une sage-femme et la cadre du service pour être sûr de ce que l’on avait compris, pour nous expliquer comment on souhaitait te dire au revoir. Nous avons aussi vu une psy à ma demande, j’ai tellement pleuré, exprimé ma colère que je devrais préparer ma valise et non pas choisir comment t’enterrer ; et puis l'anesthésiste. Nous sommes ressortis l'après-midi. Nous avons fait les magasins pour te trouver un doudou, un pyjama le plus petit possible et un foulard. Le soir même, nous avons dormi avec pour qu’ils s’imprègnent de notre odeur pour que tu sentes moins seule. L’après-midi, les papys et les mamies sont venus avec Anna à Quimper pour nous changer les idées et pour que ta grande sœur nous voit et ne s’inquiète pas trop. On lui a réexpliqué que j’allais rester à l’hôpital et pourquoi. Anna nous dit  « son petit cœur s’est arrêté ». On est retourné à l’hôpital le soir, on a commencé à me préparer pour  l’accouchement prévu le lendemain soit le 13 août. Je n’ai jamais eu de difficultés à m’endormir, j’étais tellement fatiguée, vidée de mes pleurs. Dès que j’étais prête, douchée, habillée, je me suis mise en travail ; genre c’est bon je suis prête. On est venu nous chercher vers 9h30 pour aller en salle d’accouchement, re-bilan sanguin, re-attente des résultats et puis pose de la péridurale. On m’a percé la poche des eaux, donné des médicaments pour accélérer le travail. J’étais tellement nerveuse que tout mon corps s’est mis à trembler, j’ai demandé un anxiolytique. 1h30 plus tard tu arrivais. Je regardais par la fenêtre, le temps gris, le vent soufflait dans le feuillage de cet arbre qui était juste dehors, les larmes coulaient. Tu es sortie, sans bruit. J’ai demandé comment tu étais avant de te voir, j’avais peur. L’interne me dit que tu es très jolie. On t’apporte à nous, je pleure, je pleure si fort. Pourquoi mon bébé tu ne veux pas crier ? Tu es si jolie. Je m’excuse de t’avoir abandonné. Te prendre dans mes bras me calme. J’aurai tant souhaité te bercer encore et encore. Je t’ai embrassé. Je t’ai confié à papa qui avait peur de te prendre. Il t’a montré le soleil. Tu étais notre soleil. Je ne sais pas combien de temps tu es restée auprès de nous, certainement pas suffisamment. Tes grands-parents sont allés te voir à la chambre mortuaire. Mamie Fleur m’a dit que tu étais belle, que tu dormais. Tu es partie le lendemain à Quimper pour l’autopsie ; je savais que plus jamais je ne te reverrai. Avant de partir tu as reçu une bénédiction, un dernier hommage avant de ne plus te voir. Tu es rentrée le même jour que nous au Mans, le 18 août, le jour de mon anniversaire. On m’apprend ton décès le jour de ma fête, et tu arrives dans un cercueil dans la ville où tu aurais dû grandir le jour de mon anniversaire. Je l’ai pris comme un cadeau tu allais être près de nous. Tu as été enterrée le mercredi 13 août en présence de tes parents, grands-parents, oncles et tantes.
Je vais te voir presque tous les jours au cimetière, cela m’apaise. Tu me manques tellement, je vais apprendre à accepter que tu te sois envolée comme ces oiseaux que j’avais choisis pour toi. Je sais qu’un jour je m’envolerai aussi et que nous partagerons ce que je n’ai pas pu partager avec toi sur cette terre. Je t’aime si fort.
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MessageSujet: Re: Ma chère Lisaëlle   Sam 1 Nov - 17:54

Mes larmes coulent en te lisant, c'est tellement triste et un peu semblable à mon histoire. Courage à toi et douces pensées pour Lisaëlle.
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Claire72



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MessageSujet: Re: Ma chère Lisaëlle   Sam 27 Déc - 16:27

Chère Lisaëlle,
Ta soeur parle beaucoup de toi en ce moment. Je suis si fière d'elle. J'espère que tu reçois ses bisous qu'elle envoie dans le ciel. Tu me manques terriblement, à Papa aussi. Je t'aime si fort.
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