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 Adieu Adrien, mon soleil

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casper



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MessageSujet: Adieu Adrien, mon soleil   Sam 14 Jan - 19:33

My Babylove,
Tu as été LA surprise, LE miracle... Tu as illuminé ma vie le peu de temps que vous avons passé ensemble. Je voulais vraiment t'en remercier.
J'ai toujours eu du mal avec mon corps, et voilà qu'il s'est mis à abriter La Vie. Il était enfin utile. J'étais enfin utile. Même si j'ai toujours considéré que c'est toi qui faisais tout le boulot. Comment, moi qui n'ai jamais pu tirer quelque chose de ce corps, aurais-je pu en faire quelque chose d'aussi magnifique ?
Certes, Maman (est-ce que j'ai le droit de m'appeler comme ça, vu que tu ne m’appelleras jamais ainsi ?) a râlé sur tous les interdits alimentaires, elle a râlé sur les millions d'examens obligatoires, elle a continué à fumer, elle a beaucoup pensé à sa carrière et ne s'est pas ménagée ... Mais aujourd'hui Maman se rend compte que  tout ça c'est du vent, qu'elle râlait pour le plaisir de râler mais ce n'était pas important, qu'elle se noyait dans un verre d'eau, et que ce qui comptait, c'était notre petite famille...
Pardonne-moi car je n'ai pas compris à temps. Pardonne moi car je t'ai pris pour acquis, je n'aurais jamais envisagé que tu pouvais ne jamais arriver jusqu'à nous.. Pardon. Chacun de mes souffles sera désormais porteur de cette demande que je te fais : pardonne-moi. Pour tout ce que j'ai fait -que je n'aurais pas dû - et pour tout ce que je n'ai pas fait - et que j'aurais dû.
Papa est effondré, à nouveau je suis parfaitement inutile. Je n'arrive pas à le convaincre de ne pas s'inquiéter pour moi, physiquement ça va mieux. Psychologiquement, effectivement, je ne sais pas.
Comme tu le vois, je culpabilise.
Je culpabilise de l'horrible future mère que j'étais, de la loque que je suis en tant qu'ex-future mère... Je n'ose parler de mam'ange parce que j'ai l'impression d’usurper ce titre de maman. Je n'ai jamais rien pu faire pour toi... On t'a incinéré dans ces "cadeaux" de l’hôpital, soit seulement un bonnet et une petite couche. Nous n'avons pas eu le temps de préparer matériellement ta venue au monde, peut-être par superstition... On aurait commencé maintenant. A trois mois de la date probable d'accouchement... Et dire que j'ai deux placards remplis à ras bord rien que pour moi, et je ne t'ai rien donné... Pardonne-moi.
Je ne sais plus qui je suis, tout ce que je voulais être ne semble plus avoir d'importance. Je ne sais où je veux aller.
Je culpabilise d'avoir envie de retrouver le goût du bonheur. De ne pas tout le temps te pleurer, happée comme je peux l'être par le quotidien et le remplissage que je fais. D'essayer de ne pas tout le temps penser à toi, et pire, de parfois y arriver. Je culpabilise à chaque sourire que je fais, je culpabilise de me remettre parfois à rire. Je rirai sans toi désormais.
T'ai-je fait sentir le goût du bonheur, au moins ? Car, oui, quand tu étais en moi, j'étais heureuse. Je n'avais plus peur de rien, j'étais persuadée que tout irait bien. Quelle inconscience, quelle suffisance !
Je culpabilise de parfois espérer que tu auras un jour un petit frère, ou une petite soeur. Ou plus. Je rêve encore de maternité, de reprendre là où on s'était arrêtés. Je culpabilise car je ne veux pas te remplacer, je sais que tu étais unique et que personne ne pourra jamais te remplacer. Mais je sens que je risque de faire un transfert sur un éventuel petit frère ou une éventuelle petite sœur. Je pense à tes frère et sœur comme on respire un parfum, je n'arrive pas à m'en empêcher.
Je culpabilise d'être un peu jalouse des copines / de la famille qui a des enfants, encore pire quand il s'agit de bébés, je suis devenue un monstre. Je ne sais plus trop qui je suis. En fait, je ne sais juste plus qui je suis.
Quand j'ai réfléchi à un pseudo pour ce site, Casper me semblait parfait, je suis un petit fantôme. Et toi aussi.
J'ai mal, Adrien, pardonne moi de ne pas réussir à tenir la promesse que je t'ai faite de profiter de la vie que tu as sauvée par ta mort. J'essaie, je te le jure, mais je suis si fatiguée !
Je n'arrive plus à dormir correctement, j'ai peur de rêver de toi. Et pourtant je suis ta mère... Je m'en veux de ne pas avoir eu le courage de te porter dans mes bras quand la sage femme me l'a demandé. Oui, j'avais peur de te sentir contre mon cœur. Je l'avoue.
Je m'en veux d'avoir mal quand je regarde ton père. Tu lui ressembles tellement !!! J'ai changé sa photo quand il m'appelle sur mon portable. Sur cette photo que j'adorais, sur laquelle je le trouvais trop mignon, il avait exactement la même pose que celle que tu auras à jamais. Parfois, c'est toi que je vois quand je le regarde. Et c'est exactement ce que je voulais, que tu lui ressembles plus qu'à moi.
Tu as fait tellement de choses pour moi, et moi... rien pour toi. Pardonne-moi.
Je m'en veux aussi parfois de me dire que c'est mieux ainsi, que je n'aurais pas supporté de te voir souffrir... Tu étais trop jeune quand tu es mort-né. On parle de 50% de  probabilité qu'un enfant né à 5 mois et des poussières soit polyhandicapé. Quelle mère souhaiterait cela pour son fils ? Maintenant je comprends l'inquiétude que pouvait avoir ma propre mère quand je faisais des bêtises, et je m'en veux de me dire que tu ne pourras jamais en faire, d'être à la fois soulagée et triste de cet état de fait.
Ça commence à faire long... je voudrais te dire tellement de choses. Je me dis que ça va te faire beaucoup à encaisser. Je reviendrai dans un autre post.
Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Dim 15 Jan - 20:23

Bonsoir my Babylove,

J'ai encore du mal à m'endormir, je pense à toi.

J'ai créé une playlist de chansons pour toi sur mon téléphone, je me dis que je n'aurais pas dû. C'est bizarre comme la musique est comme une vanne qu'on ouvrirait pour lâcher mes larmes...
Je viens de découvrir cette chanson, "Rockabye". Ça dit :

"She just wants a life for her baby
All on her own, no one will come
She's got to save him (daily struggle)


She tells him "ooh love"
No one's ever gonna hurt you, love
I'm gonna give you all of my love
Nobody matters like you (stay up there, stay up there)
She tells him "your life ain't gonna be nothing like my life (straight)
You're gonna grow and have a good life
I'm gonna do what I've got to do" (stay up there, stay up there)
"

Comme dit la chanson, je voulais juste une vie pour mon bébé. Je suis seule à ressentir cette douleur dans ma tête. Et personne ne te fera jamais de mal. Je te donnerai tout mon amour, toujours. Personne ne compte autant que toi. Et je ferai ce que je dois faire.
Mais contrairement à la chanson, je ne pourrai pas te sauver, je pourrai juste faire des prières pour ton âme. Tu ne grandiras jamais, tu ne pourras pas avoir une belle vie. J'aurais voulu que tu restes.

Parfois, je me demande comment seront nos retrouvailles. Si je vais au paradis, ce qui n'est pas gagné. Est-ce que tu me reconnaitras comme ta maman ? Ça me fait penser à cette chanson, Tears in heaven :

"Would you know my name
If I saw you in heaven?
Would it be the same
If I saw you in heaven?
I must be strong and carry on
'Cause I know I don't belong here in heaven

Would you hold my hand
If I saw you in heaven?
Would you help me stand
If I saw you in heaven?
I'll find my way through night and day
'Cause I know I just can't stay here in heaven
"

Je dois rester forte et continuer, "show must go on" comme on dit.

J'aurais voulu te chanter des berceuses traditionnelles, des comptines aussi; j'aurais voulu te faire connaître des chansons "de bon goût" comme on disait avec ton papa, pour qu'on aime les mêmes chansons et pas les chansons nulles qui restent en tête... Je te les chanterai quand même quand je serai seule au cas où tu m'entendrais, même si j'espère que tu as d'autres endroits plus intéressants où être plutôt que coincé avec ta maman. Oui, seulement quand je serai seule, je ne veux pas que ton papa s'inquiète. Il a déjà assez à faire avec son boulot.

Il doit déjà dormir, je vais me glisser dans le lit en essayant de ne pas le réveiller.

A bientôt,

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mer 18 Jan - 20:53

Bonsoir my Babylove,

Tu as vu ? Ça allait mieux hier. J'ai pu ressortir, voir du monde... Tu es fier de moi ?
Bon, je suis à nouveau en phase tristesse, là. J'ai eu du mal à répondre au téléphone. A me lever ce matin. Ok, il était 14h quand je me suis levée, mais j'ai quand même eu du mal.

Là, je ne voulais pas aller dormir en même temps que Papa, je ne veux pas lui mentir s'il me demande si ça va. Là, ça ne va pas trop, j'ai repensé au fait que, finalement, je n'étais pas sûre de t'avoir un jour vraiment senti bouger, toi. Ces petites bulles, est-ce que c'était moi qui étais en train de digérer, ou toi qui me disais coucou ? Est-ce que quand mon ventre était dur, principalement sur le côté droit, est-ce parce que tu poussais vraiment, est-ce que c'était parce que tu étais en train de bouger, ou est-ce que c'est ce fichu utérus qui faisait ses exercices ? Parce que tu ne devais pas encore être bien engoncé là dedans... Est-ce bien toi que je caressais, ou est-ce que c'était moi-même ? Je suis en train de me raconter des histoires, me disant que ma digestion ne serait pas remontée à fleur de peau, vu que tu étais entre moi et mon estomac (merci les échographies). Oui, c'était sans doute bien toi, finalement, ces bulles. Un sourire me revient, maintenant. Par contre pour les contractions, je sais pas. Je suis triste que ton papa ne t'ait jamais vraiment senti, lui non plus. Il avait tellement hâte de vivre ça ! Il avait tellement hâte de te prendre dans ses bras !

Papa demande toujours ce que j'ai fait, si j'ai échangé avec quelqu'un, il le fait tous les jours, tu sais ? Il s'inquiète pour moi tous les jours. Je sais que dans ce malheur j'ai quand même beaucoup de chance de l'avoir.
Je te l'ai déjà dit, mais je voudrais vraiment pouvoir lui offrir ce cadeau qu'il désire depuis si longtemps, et moi aussi. Vivre l'expérience de parents, mais j'ai tellement peur... Je ne veux pas revivre ça. La douleur physique, j'encaisserai. Mais la douleur que j'ai vue dans les yeux de ton père.. Non, ça je ne pourrai le supporter à nouveau. Je me suis sentie tellement impuissante ! Je ressentais (et ressens toujours, rassure-toi) tellement d'amour pour lui, mais je ne pouvais rien faire. J'étais là, hébétée, pas seulement le jour où nous t'avons perdu, mais ceux d'après... aujourd'hui c'est encore le cas ...
J'ai classé (caché ?) les photos de mon téléphone qu'on a pu faire avec toi. Ou de toi. Je n'ai toujours pas réussi à demander à ton père les dernières photos qu'il avait prises de toi. Mais pourquoi, pourquoi je n'en ai pas pris sur mon propre téléphone ? Quelle horreur de mère je fais quand même... Ça me broie le cœur de voir cette photo où ton papa te parle à travers mon ventre, je crois que cette photo là a été prise peu avant ton décès. Nous étions si heureux !!
Je planque aussi le dossier de grossesse.
J'ai planqué les livres de grossesse.
Je ne veux pas les revoir. Si j'avais eu une cheminée, je les aurais brûlés sans état d'âme.

Nous n'avons pas encore reçu les résultats de ton autopsie. Nous ne savons pas avec certitude la raison pour laquelle tu es parti. Certes, les médecins s'en doutent, mais ce n'est pas encore confirmé. On ne sait pas encore s'il y a des choses à réparer chez moi. J'ai tellement peur du jour où arrivera l'enveloppe !!! Pas pour moi, mais à cause de ce qu'on pourrait découvrir.
A propos de l'autopsie, j'espère que tu vas nous pardonner. Je sais ce que ça implique, une autopsie, on a dû ouvrir ton petit corps. Mais nous avions besoin de savoir. Pardonne-nous.

Mais j'ai pris des résolutions, hein. Ne pas me laisser aller. Faire "des trucs"...

Ah, je ne t'ai pas encore dit. D'autres mam'anges sont venues me parler sur ce forum, malgré leur propre douleur. J'ai été très touchée. Je continue à recevoir des cadeaux de la vie grâce à toi. Je garde à l'esprit que je n'ai pas le droit de me laisser aller.

Je vais te laisser pour ce soir, mon Adrien. Je prie pour que Dieu te protège, et le protège lui, parfois je m'oublie dans mes propres prières. Je vais Lui demander la force de me reprendre, de revivre.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Ven 20 Jan - 18:32

Bonsoir My Babylove,

On est retournés à l’hôpital aujourd'hui. J'ai survécu !!
La gynéco qui t'avait "mis au monde" m'a surprise, elle se souvenait parfaitement de nous. Pourtant, combien de mamans avait-elle accouchées depuis qu'on t'a perdu ? Combien de bébés sont morts ? Même si c'est un hôpital public, elle nous a reçus à l'heure, et elle avait préparé notre rendez-vous, la lettre qu'on doit donner au néphrologue était prête. Je me rappelle qu'elle était revenus nous voir après plus de 24h de garde. Aussi humaine et pro malgré ce job méga stressant (on parle de vies, quand même), franchement chapeau.

Maman va bien, mais il va falloir repasser par le néphrologue qui nous donnerait une espère de "permis pour ré-essayer d'avoir un enfant". Non, j'exagère, c'est un avis médical, juste un avis, et du coup des conseils sur les précautions à prendre. N'empêche, je me demande : si on me déconseille une nouvelle grossesse et qu'on le fait quand même ? La profession médicale bouderait et ne voudrait plus s'occuper de nous ?

C'est étrange... J'ai envie de bébés et j'ai peur. Oui, bébés au pluriel, je ne sais pas pourquoi je fantasme sur des jumeaux. Tu en as trois paires dans la famille, au fait, du côté de mon papa à moi. J'ai été soulagée que tu sois venu "tout seul", parce que, soyons honnêtes j'étais un peu stressée par cette première grossesse, c'était une aventure, un inconnu. Je voulais te donner tout mon amour, un amour exclusif que je n'aurais pas partagée avec frère ou une sœur arrivé(s) en même temps. J'avais déjà peur de passer à côté de moments rien qu'à toi et moi si je ne savais pas où donner de la tête. Finalement, ces fantasmes vont rester des fantasmes.
Je suis en train de lire un article superintéressant sur lequel je suis tombée en cherchant la phrase de Duras dont a parlé la psy de l’hôpital, "l'horreur d'un pareil amour". Je t'en parlerai dans mon prochain post. Ça s’intitule "l'ombre d'un enfant non né sur la grossesse suivante". J'aurais pu écrire chaque phrase que les mamans ont écrites, jusqu'ici... Je t'en parlerai une autre fois aussi, je n'ai pas fini de le lire. Je relis parfois des phrases plusieurs fois, ça n'aide pas à le terminer Smile

On a eu peu de temps ensemble, mais pour être honnête, malgré la souffrance que l'absence de ta présence (alerte phrase alambiquée !!!) génère, je suis contente que ces brefs moments où on était ensemble, je veux dire, ensemble à 100%, j'ai été heureuse. Je me demande toujours si tu as pu sentir à quel point j'étais heureuse de t'avoir, si tu as pu sentir un peu ce bonheur et cet amour que je t'ai porté quand tu étais en moi.

Je vais donc me coucher sur une note positive, je vais penser à ces moments qu'on a passés ensemble. En essayant de ne pas pleurer sur ta perte. Je vais juste penser à tout ce que tu m'as apporté, mon Petit Miracle. Je t'aime.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Ven 20 Jan - 18:35

My Babylove,

Voici le texte de Duras dont je t'ai parlé dans mon post précédent :


"La peau de mon ventre me collait au dos tellement j’étais vide. L’enfant était sorti, nous n’étions plus ensemble. Il était mort d’une mort séparée. Il y avait une heure, un jour, huit jours ; mort à part, mort à une vie que nous avions vécue neuf mois ensemble et qu’il venait de quitter séparément. Mon ventre était retombé lourdement sur lui-même, un chiffon usé, une loque, un drap mortuaire, une dalle, une porte, un néant que ce ventre. Il avait porté cet enfant pourtant, et c’était dans la chaleur glaireuse et veloutée de sa chair que ce fruit marin avait poussé. Le jour l’avait tué. Il avait été frappé à mort par sa solitude dans l’espace. Les gens disaient : “Ce n’était pas si terrible à la naissance, il vaut mieux ça.” Était-ce terrible ? Je le crois. Précisément, ça ; cette coïncidence entre sa venue au monde et sa mort. Rien, il ne me restait rien. Ce vide était terrible. Je n’avais pas eu d’enfant, même pendant une heure. Obligée de tout imaginer. Immobile, j’imaginais."

Oui, j'aurais pu l'écrire, ça. A part les 9 mois ensemble.

Pfiou. On a dit que je m'endormais sur une note positive. Pas bien, la maman. On se reprend !!

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Ven 20 Jan - 18:55

Oh, My Babylove !!!

Suis-je en train de devenir folle ? Peut-être. Juste avant d'éteindre, une chanson est passée en aléatoire sur mon téléphone. Je vole, de Sardou, par Louane. Je suis tentée de me dire que c'est toi qui me l'as envoyée. Je l'avais complètement oubliée, cette chanson. Un enfant qui dit à ses parents qu'il les aime, même s'il s'en va. Drôle de coïncidence ! et la partie "c'est bizarre cette cage qui me bloque la poitrine, je ne peux plus respirer". C'est ce que tu as vécu, dans tes derniers moments... Oh mon Dieu... Elle est tellement belle cette chanson. C'est tellement dur... Mais je retiens que l'enfant aime ses parents, allez. J'ai dit il y a quelques minutes que j'allais me coucher avec un sourire. Je retiens qu'on s'est aimés, très fort. 


"Mes chers parents je pars
Je vous aime mais je pars
Vous n'aurez plus d'enfant
Ce soir

Je ne m'enfuis pas je vole
Comprenez bien je vole

Sans fumée sans alcool
Je vole, je vole
Elle m'observait hier
Soucieuse, troublée, ma mère
Comme si elle le sentait
En fait elle se doutait
Entendait

J'ai dit que j'étais bien
Tout à fait l'air serein
Elle a fait comme de rien

Et mon père démuni
A souri

Ne pas se retourner
S'éloigner un peu plus
Il y a à Gard une autre gare

Et enfin l'Atlantique
Je me demande sur ma route
Si mes parents se doutent
Que mes larmes ont coulé

Mes promesses et l'envie d'avancer
Seulement croire en ma vie
Tout ce qui m'est promis
Pourquoi, où et comment
Dans ce train qui s'éloigne
Chaque instant

C'est bizarre cette cage
Qui me bloque la poitrine
Je ne peux plus respirer

Ça m'empêche de chanter"


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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mar 24 Jan - 18:48

Bonsoir mon Babylove,

Excuse-moi de ne pas être revenue plus tôt, comme tu le sais les dernières heures ont été intenses... Ta grande-tante est allée vous rejoindre. Elle est rigolotte, tu verras. Elle nous manquera beaucoup ici. Mais vous avez gagné beaucoup là-bas.
Papa ne vit pas bien ce deuil lui aussi brutal. Il a encore du chemin à faire dans l'acceptation de la mort. Bizarrement, moi ça va. J'accepte, oui, de ne pas avoir de prise sur certaines choses, maintenant. Je te donnerai des nouvelles de papa plus tard, je ne vais pas tarder à le rejoindre, mais je voulais t'envoyer plein de bisous et plein d'amour et plein de pensées avant d'y aller. Je voulais aussi t'envoyer une chanson à laquelle j'ai repensé en écrivant à une autre mam'ange.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais. 

---

Puisque l'ombre gagne
Puisqu'il n'est pas de montagne
Au-delà des vents plus haute que les marches de l'oubli

Puisqu'il faut apprendre
A défaut de le comprendre
A rêver nos désirs et vivre des "ainsi-soit-il"

Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n'est pas forcément suffire
Puisque c'est ailleurs
Qu'ira mieux battre ton cœur
Et puisque nous t'aimons trop pour te retenir

Puisque tu pars
Que les vents te mènent où d'autres âmes plus belles
Sauront t'aimer mieux que nous puisque
L'on ne peut t'aimer plus

Que la vie t'apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais nous t'aurions tout à fait perdu
Garde cette chance
Que nous t'envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
Et loin de nos villes
Comme octobre l'est d'avril
Sache qu'ici reste de toi comme une empreinte indélébile
Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur

Puisque ta maison
Aujourd'hui c'est l'horizon

Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir
Mais pas trop tard
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir

Puisque tu pars
J'aurai pu fermer, oublier toutes ces portes
Tout quitter sur un simple geste mais tu ne l'as pas fait
J'aurai pu donner tant d'amour et tant de force
Mais tout ce que je pouvais ça n'était pas encore assez
Pas assez, pas assez, pas assez
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mar 24 Jan - 18:49

Je t'aime.
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mer 25 Jan - 14:33

Bonsoir mon Babylove,

Alors, tu as pu rencontrer ta grand-tante ? J'avais pas raison ? N'est-ce pas qu'elle est tip-top ?
Je t'avais promis de revenir te parler de ton papa. Il est pas très bien en ce moment. Le décès de ta grande-tante quelques semaines après ton départ lui a porté un coup.
Hier matin, il a eu des problèmes pour respirer, et hier soir je l'ai entendu sangloter dans le noir.
Ton papa est un amour, il fait tellement pour moi, je voudrais pouvoir lui rendre au moins 10% de ce qu'il me donne. Mais je ne suis pas très douée. J'ai peur de le perdre...
Il est d'habitude si fort, les gens se tournent toujours vers lui. Depuis tout petit, sa famille l'a traité comme un référent, un arbitre, un responsable. Je n'aime pas trop ça, ça lui met beaucoup de pression. Inconsciemment il veut être à la hauteur de tous ces espoirs aussi. Mais devant la mort, il ne peut rien faire, personne ne le peut d'ailleurs. Mais ça doit lui faire peur d'avoir l'impression de ne rien contrôler. Et surtout de ne rien pouvoir faire Sad
Vos décès lui rappellent aussi sans doute que ses parents (et les miens) ne rajeunissent pas. Ça arrivera, j'espère le plus tard possible, mais on a beaucoup l'idée de la mort en tête. Et que moi je peux mourir comme ça aussi. Est-ce qu'on peut dire qu'on est prêts pour ces évènements là ? Peut-être. La préparation à cet évènement fera sans doute qu'on profitera mieux des moments ensemble, même si on aura mal.
Je fais beaucoup de conjonctures, je ne sais pas ce qu'il a exactement dans la tête.
Tu sais ton papa il ne parle pas juste pour parler, contrairement à ta maman qui sort tout ce qui lui passe par la tête. Smile Il faut qu'il analyse, qu'il soit sûr de ses sentiments avant d'éventuellement le sortir (et encore, il faut aller le chercher). Je pense qu'il s'en méfie maintenant, de ses sentiments. Te perdre et te voir lui a fait un choc. Il ne savait plus comment réagir. Il ne sait plus comment réagir face à cette nouvelle moi aussi. J'ai changé, pour ne rien faciliter. Et lui aussi. On se redécouvre, on ne sait plus trop qui on est.
Il n'en a pas parlé, mais j'ai quasiment pu voir son cœur exploser d'amour quand il t'a vu pour la première fois. Et je vois son regard quand il regarde son téléphone, je sais exactement quand il regarde tes photos. Il a ce sourire à la fois triste et fier, un sourire d'amour pur ... Ça m'étonne à quel point il peut t'aimer, alors qu'il ne t'a pas porté en lui. J'aurais tellement voulu qu'il sourie en te regardant rire, ou faire des bêtises... Peu importe ce que tu aurais fait, j'aurais tellement voulu que vous ayiez vos moments à vous deux. Même contre moi, peu m'importe.
C'est fou qu'un petit bonhomme pas très lourd pèse autant dans nos vies Smile
Du coup je vais le forcer un peu à me sortir son ressenti, même brut, en m'armant de courage. Il prend moins de gants quand il a mal. En fait il n'en prend plus. Ça m'a surprise. L'autre jour il m'a envoyée paître alors que je voulais juste lui dire de faire attention, c'était pour lui Sad Ça m'a toute chamboulée. J'y pense encore.
Envoie moi du courage, stp. Mais je le ferai, je le ferai pour lui, pour toi, et pour moi. Pour notre petite famille. Je prendrai soin de ton papa, peut-être maladroitement, mais je le ferai. Promis.
C'est grâce à lui que je t'ai eu, je lui dois bien ça Smile Ok, j'avoue que je l'aime fort aussi.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Lun 20 Fév - 6:16

Bonjour mon Babylove,

Excuse moi, je ne suis pas revenue t'écrire depuis presque un mois... Mais tu sais bien que tu étais toujours le centre de mes pensées...
Nous avons décidé sur un coup de tête, ton papa et moi, de partir et participer à l'enterrement de ta grand-tante. Nous avons fait taire notre propre douleur pour aider la famille. Nous avons réussi à nous rendre utiles, à avoir quelque part un peu de contrôle sur ce qui se passe après la mort (de quelqu'un, donc, pas la nôtre). On a pu aider la famille plus proche à commencer le deuil, au moins à les alléger des considérations matérielles. On a repris un rôle de pilier (tout fêlé, le pilier, mais pilier quand même). Je revois encore cette scène extraordinaire d'ironie où la consolatrice, c'est moi. Mais j'étais convaincue de mes arguments. Là haut, on ne souffre plus. Plus aucun mal ne peut arriver. Et l'essentiel, c'est les bons souvenirs qu'on a partagés avec nos chers disparus. Merci de m'avoir appris ça.
J'ai pu retrouver ton papy et ta mamie qui m'ont chouchoutée. J'ai encore des sujets avec ta mamie, mais j'ai compris que je pouvais la perdre à tout moment, alors je préfère m'aplatir et présenter des excuses lorsque mes paroles dépassent ma pensée. Enfin... Elles ne l'ont pas encore dépassée mais quand je suis énervée je peux faire des dégâts. Je remercie le ciel de ne jamais m'être disputée avec toi, et finalement de ne jamais pouvoir le faire Smile Parfois je suis horrible avec ma mère... Je n'ai pas toujours la force de faire des efforts. Mais c'est ce qu'on doit faire continuellement avec les gens qu'on aime, les efforts, n'est-ce pas ? Et maintenant que je sais ce que c'est d'être maman, d'avoir vécu en attente du trésor de sa vie, je ne veux pas lui gâcher sa joie d'avoir eu un trésor.
Ton papa est rentré vite à cause du boulot, et moi j'ai eu le temps de ... panser mes blessures. La messe de l'enterrement a été difficile. On n'a pas pu s'asseoir ensemble ton papa et moi, c'était plein.
Mais Dieu fait bien les choses : j'étais avec mes parents, et ma mère a pu me tenir la main quand j'ai failli m'évanouir en pensant à toi. On a chanté les mêmes cantiques que pour le culte de ton adieu. Je n'en pouvais plus. J'avais mal, si mal... Je crois que sans ce filet de sécurité, j'aurais pu devenir folle, à tout jamais. Heureusement que ton papa ne m'a pas vue dans cet état. Il s'occupait de sa mère, qui enterrait sa soeur, heureusement bis.
La semaine est ensuite passée, rien de particulier hors le fait que j'ai dit à mes parents que je n'avais pas le courage de revoir la famille. Chose étrange pour eux qui sont très sociables, ils n'ont pas bronché et ont accepté. Ils sont même entrés dans mon mensonge comme quoi je rentrais en même temps que ton papa. M'ont même permis de réaliser mon voeu. Évidemment, il y a toujours des gens qui s'invitent à la maison sans prévenir, mais on ne m'a jamais attrapée.
Le dimanche, on est allé à la messe. Quelles étaient les chances pour que le sermon soit centré sur Abraham à qui Dieu a fait la promesse (qu'il a tenue) de lui donner des enfants, malgré son âge avancé ? malgré ses doutes ? Quelles étaient les chances pour qu'il parle de ces gens "nomades" qui en veulent toujours plus et ne savent pas apprécier ce qu'ils ont ? Je me suis tellement sentie visée !! ça ne se fait pas d'applaudir, mais je n'étais vraiment pas loin du tout Smile C'était comme un message direct de Dieu Lui-même.
Je pense que ça a grandement contribué à m'apaiser. Car, oui, Maman est apaisée. Maman a accepté de t'avoir perdu, même si Maman pense tout le temps à toi.
Maman est à présent rentrée dans son quotidien. Elle est pas très fière d'elle, elle a pas repris les cours pour le permis et dans son quotidien d'analyses, ses résultats sont pas top. Le rdv avec le néphrologue est demain. Je pense qu'il va me dire de ne pas essayer tout de suite d'avoir un autre enfant, il y a pas mal de choses à réparer avant, objectivement, cette fois pour son corps. Ça me fait penser à autre chose...
A la descente de l'avion, Papa m'a appris qu'on avait rdv pour les résultats de ton autopsie. Apprendre ça m'a mis ko. Presque tout le bien que ces vacances m'ont fait a disparu. Je n'imagine même pas ce que ça a été pour ton papa de recevoir la lettre pour ce rdv tout seul Sad
Mais bon. Sache que Papa et moi on a été vraiment contents de se retrouver. Il a eu du temps pour lui et moi aussi, sans l'autre pour s'auto-entretenir dans la peine.
On parle beaucoup, et je crois l'avoir aidé en lui disant que notre lien à toi ne devait pas être de la tristesse. Et qu'on avait réussi à gérer un autre deuil. Tu vas rire, j'ai tout prévu dans ma tête pour le prochain décès, tout ce qu'il manque c'est les fonds. J'ai même prévu le crédit à la consommation. Je suis folle. Mais au prochain décès, je serai préparée. Je l'ai déjà budgété.
Voilà comment est ta maman. Elle vit difficilement les difficultés, mais elle s'en relève après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, elle en apprend et tire quelque chose, et on ne l'y reprend plus. Merci de m'avoir rappelé qui je suis. Et qui je veux être pour toi. Je veux que tu puisses être fier de moi, mon amour.
Je vais me remettre au shopping. C'est un passe-temps futile mais il m'occupe l'esprit. Je voudrais préparer l'arrivée de ton petit-frère/ ta petite-sœur . Ou tout du moins faire que notre quotidien sans enfant soit aussi agréable que possible. Je viens d'acheter des rideaux et un nouveau canapé. Je vais m’habiller après ce post et aller voir une copine et trouver ensemble des chaussures noires et des robes noires. Pour les prochains deuils. Mais je maquille ça en "on a toujours besoin d'une petite robe noire (et de chaussures noires), ça va avec tout". Et je vais trouver une chemise (une seule ?) blanche à ton papa :p C'est toujours utile.
Ça va mieux dans l'ensemble mais je suis consciente que j'ai encore du chemin à faire. Et je le ferai. En prenant soin de ton papa.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mar 21 Fév - 11:13

Mon Babylove,

Je devrais aller dormir, j'ai un mégamal de crâne. La tension, une nouvelle fois. Je croyais que c'était fini.
L'émotion causée par l'analyse du néphrologue a remonté plein de sentiments violents. Je me sens encore tellement mal de ne pas avoir pu prendre soin de toi et te nourrir, cette fichue "souffrance foetale sévère" dont elle parlé ...
Je crois -bizarrement- que tu m'as pardonné, mais je ne suis pas sûre de m'être pardonnée moi même. Tu me manqueras toujours. Même si je sais que tu ne peux plus souffrir, mon Amour. Mon tout petit.
Mais je t'avais promis que j'irai mieux, je vais aller mieux. Je te réitère ma promessse.
Hier, j'ai pu gâter ton papa, je suis contente. Je lui ai trouvé trois chemises blanches. Heureusement que je ne suis pas dans la mode, j'aurais fait un malheur sur les portefeuilles.
Je ne me suis trouvé que des chaussures noires. Maman serait-elle devenue raisonnable ?
Coupinou est venu avec son petit bout. Il pèse déjà 10 kg, il est né seulement en avril dernier ! Il est tellement adorable. Je n'ai pas pu m'empêcher de t'imaginer à 10 kg, à jouer avec ton petit cousin (et tous tes petits cousins qui sont arrivés en 2016, il y en a eu tellement ! Nate, Jul, Noah, Maho, Malo... En ai-je oublié ? J'ai toujours la carte de fidélité et le chèque cadeau Sergent Major tellement j'avais dépensé dans cette boutique ... mais pas pour toi, pas encore m'étais-je dit) mais en fait, après, je me suis rappelé que tu es mieux là où tu es. Si on m'avait demandé si on devait s'acharner pour te maintenir en vie, je pense que j'aurais dit oui. Mais ça aurait été cruel, tu aurais lutté, Petit Miracle, mais pas sûr que tu aurais pu profiter de la vie comme je voulais que tu en profites. Au moins, là, tu es bien.
Je suis aussi en train de penser que j'aurais été en congé maternité, là. Enfin, à t'attendre. Tu devais naître pile entre l'anniversaire de ton papa et le mien. Tu as toujours eu le sens du timing. Je me dis que tu serais ptet né un peu en avance, si tu es comme ton papa, préférant être en avance plutôt qu'en retard Smile Oui, sans doute tu aurais été comme lui. Timing matters ! Smile Tu serais ptet né ... le jour où finalement on retournera à l’hôpital pour les résultats de ton autopsie. Mon ange...
Allez, je file au dodo, ton papy va arriver et moi j'aurais toujours pas fait ma sieste Sad

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Jeu 23 Fév - 20:33

Bonsoir mon Babylove,

Un petit coucou avant d'aller dormir ce soir. J'ai encore pensé à toi, oups. Je vais me vanter de ce que j'ai réussi à faire aujourd'hui.
J'avais pris rendez-vous pour un dej avec des collègues, en gros pour savoir ce qui me tomberait sur le bout du nez à mon retour. Chose rare dans notre milieu, les gens que j'avais laissé le 07 décembre sont ceux que j'ai pu revoir, je ne sais pas s'ils seront encore là quand je reviendrai travailler. J'espère pour moi même si c'est pas très gentil pour eux.
Je me réservais le droit d'annuler au dernier moment; j'y suis quand même allée. Tu es fier de moi, dis ?
Je me rappelle d'une des dernières conversations que j'avais eue avec eux, on s'était dit que demander à quelqu'un s'il était heureux était quelque chose de très intime (pire que la première fois où on ... bref, c'est pas de ton âge). Je me rappelle avoir dit que je pouvais mourir sur l'instant, et qu'ils ne devaient pas me pleurer, car j'étais plus qu'heureuse à ce moment là. J'aurais dû savoir que c'est un état qui ne dure pas. J'en aurais sans doute profité. Mais au moins je me suis rendue compte que j'étais heureuse, à t'attendre, là. Évidemment, te dire adieu ne m'avait même pas effleuré l'esprit... Je prenais les choses pour acquises, c'est bien fini. Je vais essayer de chaque moment de bonheur qu'il me reste.
Je suis un peu agacée que la personne qui a repris mon périmètre récolte tous les lauriers de ce que j'ai semé. Mais bon. Au moins je suis tranquille avec ma conscience et je n'ai pas volé mon salaire Smile
Enfin...
Je rigole, je rigole... Comme si on avait une vraie conversation. J'aurais aimé avoir cette conversation avec toi, ce que tu penses de ton boulot ... Je pleure toutes les larmes qui me restent devant cette pub Ikéa qui finit par "il y a des choses qu'on ne voudrait jamais voir grandir", un bébé qui fait ses courses chez Ikéa et à la fin on se rend compte que ce sont les yeux de sa mère qui le voient comme un bébé mais qu'en fait c'est déjà un étudiant... J'aurais aimé te voir grandir. Je sais que tu aurais été intelligent, on t'aurait appris à réfléchir, à voir l'essentiel immédiatement. A te poser des questions ...
Du coup, je te parle sans attendre de réponse... Pas de réponse précise. Et je vais continuer à te parler. Je t'ai laissé partir pour là où c'est mieux qu'ici (en plus c'est l'hiver ici et de l'autre côté de la planète, c'est le méga-été-de-ouf comme dirait l'autre à cause du changement climatique), et je ne veux pas que tu restes coincé avec "ta vieille". Tu dois faire ce que tu dois faire même si je n'ai aucune idée de ce que c'est. Je sais que tu es quelque part, et sache que dans mon coeur ton souvenir est toujours là, je continue à partager dans mon coeur avec toi ces aventures.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mer 1 Mar - 12:32

Bonsoir mon petit Babylove,

Je voulais juste te dire rapidement que Maman pense à toi. Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à toi. J'espère que tu es bien là où tu es, où aucun malheur ni aucune maladie, aucune souffrance ne pourra jamais te toucher. Je t'aime.
Si tout s'était bien passé, tu serais bientôt arrivé. J'aurais été en train de t'attendre avec impatience. A présent c'est toi qui m'attends. Je ferai de belles choses pour avoir des trucs à te raconter, mon ange. Et pour être sûre de te retrouver au paradis. Je ne sais pas quoi, mais je vais tout faire pour te rejoindre là bas.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Jeu 2 Mar - 8:50

Bonjour mon Babylove,


Je pense toujours fort à toi, mais aujourd'hui particulièrement. Avant les résultats de ton autopsie demain, où j'ai peur d'entendre la confirmation que tu es parti par ma faute.


Je suis tombée sur un concept médical plus qu'intéressant, je suis sûre que tu n'es pas étranger au fait que je sois tombée dessus précisément aujourd'hui. Pour durcir nos liens.


Ce concept médical, prouvé, confirme que tu seras techniquement avec moi, en moi, pour toujours. Il y a encore une trace de toi sur cette terre, en moi. Je suis tellement contente, moi qui pensais que ce n'était que dans ma tête Smile


Ça s'appelle le "microchimérisme". En gros, des cellules de toi sont passées en moi... et y resteront peut-être des dizaines d'années Smile Tu es parti mais tu m'as laissé un cadeau. Si des conséquences négatives sont relevées (parfois le corps de la maman considère que ces cellules de bébé sont un corps étranger), il y a aussi des conséquences positives. Les cellules envoyées par le bébé à la maman sont des cellules souches, par conséquent elles peuvent se spécialiser ensuite, et aider à protéger ou à reconstruire des tissus lésés, même des neurones qui, à partir d'un certain âge, ne sont normalement plus produits. Je savais que quelque chose comme ça s'était passé, j'étais tellement proche de la mort, je sais que dans mon état normal je n'aurais pas pu récupérer aussi vite. Je sais que c'était un cadeau de toi. Mon Amour ... A peine étais-tu dans ma vie que tu as déjà pris soin de moi, j'en suis toute émue... Je savais déjà que tu m'avais sauvé la vie en t'en allant, et en me faisant réfléchir au sens de ma vie, mais je ne savais pas que tu m'avais aussi sauvée comme ça, en donnant un peu de tes cellules... Ça me motive pour faire (enfin) attention à moi.
J'avais espéré que tu serais médecin, à aider les gens... Tu as aidé ta maman Smile Et ton papa aussi, remarque, je ne sais pas comment papa aurait vécu le fait de nous perdre tous les deux. Ça me fait penser à ton homonyme... Franchement, quelles étaient les chances qu'il existe, avec le nom peu courant qu'on a ?! Et savoir qu'il est médecin .. Ça aussi, ça m'a toute retournée.
J'arrête cette lettre pour le moment mon petit ange, je reviendrai très bientôt.


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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Ven 3 Mar - 19:05

Bonsoir mon Babylove,
Ton papa m'attend pour dormir, j'ai peur d'y aller alors je repousse l'heure du coucher. Il est adorable, ton papa, tu sais ? Il m'a accompagnée aujourd'hui pour avoir tes résultats d'autopsie. C'était pourtant pas agréable pour lui non plus.
On a attendu une heure parce que le médecin avait du retard, déjà que je n'avais pas envie d'être là...
Je suis désolée, j'ai craqué, alors que je ne voulais pas te faire honte...
Je suis désolée, je n'ai pas compris que tu souffrais. Je suis complètement passée à côté. Ton papa m'a dit que c'était aussi pour ça qu'il m'aimait, il y a longtemps, parce que je ne faisais pas attention à "mes petits bobos du corps". J'aurais dû savoir.. Je pensais que le ventre tout dur c'était ta façon de me dire coucou, maintenant je me demande si ce n'était pas ta façon de me dire que tu avais mal. Si j'avais été à l'hopital, internée, peut-être que ... Si j'avais demandé si c'était normal, peut-être que..
Voilà, je recommence avec mes si, pardonne moi.
Pardonne moi d'avoir été une mauvaise mère et de ne pas t'avoir permis de te nourrir et de respirer correctement. Ça a été horrible de comprendre que tu avais autant souffert, mon amour... J'étais tellement fière de toi quand j'ai compris que tu avais lutté pour rester 3 semaines entières alors que tu souffrais déjà.. J'aurais tellement voulu que tu ne souffres pas autant...
Je ne comprends pas, comment plein de mères ont réussi à avoir leur(s) enfant(s) en bonne santé alors qu'elles font plein de choses pour que ce ne soit pas le cas ? Je pense notamment à TD. Pourquoi moi je t'ai perdu ?
Je sais que maintenant tu ne souffres plus, mais c'est dur de penser que tu as dû passer par là.
Je me dis aussi que mes inquiétudes pro (complètement débiles, maintenant que j'y pense, ce n'est pas important finalement) et le stress dans lequel j'étais en permanence ne t'ont pas aidés. Pardonne moi pour ça aussi...
Je n'ose pas aller dormir parce que j'ai peur de rêver que tu m'en veux. Et je me dis qu'ayant été une mère aussi horrible, je n'ai pas droit au repos. Mais je ne veux pas t'infliger de nouvelles souffrances ...
Je t'ai dit que ton papa était adorable ? Il est encore là, je n'ose pas regarder l'heure. Il a pourtant travaillé toute la semaine, lui, et il ne dort toujours pas. Et pourtant les émotions nous ont crevés. Et il ne m'a pas fait un reproche, pas un, il aurait pu en faire tellement... Mon Dieu, aidez-moi à le mériter. Je suis au fond du gouffre et j'ai l'impression de creuser encore. Je ne veux pas bousiller ce "nous" qui m'est si précieux, ce "nous" qu'Adrien et Vous nous avez offert... Pitié, aidez-moi à me reprendre, à sortir de cette douleur dont je ne vois pas le bout. Je vous demande beaucoup, je sais, mais donnez moi la force de croire en l'avenir. Donnez-moi la force de garder l'espoir.
Je ferai des efforts, promis. Je vais déjà faire celui d'oser dormir.

A Adrien,
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Dim 12 Mar - 16:47

Bonsoir mon Babylove,

Désolée, Maman n'a pas pu revenir ces derniers temps. Elle est là maintenant, mais elle t'avait en tête et dans le coeur tout ce temps.
Ça fait maintenant 3 mois qu'on s'est séparés physiquement, sans doute un peu plus. Je ne sais toujours pas quand exactement ton âme s'en est allée là où rien de mauvais ne peut lui arriver.
Plein de choses m'ont fait penser à toi encore plus fort que d'habitude.
On est passés en rentrant devant un bar qui s'appelle le Chai d'Adrien.
Ma mère, ta mamie, qui gère son deuil comme elle peut, nous a envoyé un mail pour nous parler de ton homonyme, le médecin. Il est passé à la télé. Tu sais pourquoi ? Parce qu'il posait la première pierre d'une ... unité de soins néonataux !!! T_T Ça m'a tellement fait plaisir ! J'en ai eu les larmes aux yeux. Je vais voir comment je peux aider, si on peut faire des dons par exemple, ou quand ça sera monté, offrir des jouets ou peu importe.
J'ai vraiment senti ta présence, comme si c'était un message de ta part, en mode "ne baisse pas les bras Maman ! Tu peux faire des choses sur cette terre, comme mon homonyme !".
Papa me fait un peu la gueule. Je me suis un peu mise en danger en ne dormant pas assez. Je dois me forcer. Après tout, je ne travaille pas en ce moment. On s'est un peu disputés parce que ça m'énerve qu'on en fasse toujours qu'à sa tête mais j'avoue que je suis un peu de mauvaise foi sur ce coup. Je voulais juste avoir quelque chose à lui répondre. Là je le sens remuer dans la chambre, pour me faire comprendre qu'il faut dormir. Je crois qu'il s'en veut de m'avoir laissée ne pas dormir.
C'est vrai qu'il faut que je te laisse partir, pour que tu ne t'inquiètes pas pour moi (plus ?).
Je vais être sage pour ce soir, et te faire des billions de bisous.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Lun 20 Mar - 20:22

Bonsoir mon Babylove,

Est-ce qu'un jour tout ça sera plus facile ? Est-ce qu'un jour ces nuages noirs disparaîtront ?
J'aurais dû être en train de te tenir dans mes bras, un tout petit bébé tout neuf, tout beau, qui sent le bébé, un bébé qui aurait eu tout l'avenir devant lui, un tout petit être fragile que j'aurais protégé de toutes mes forces, que j'aurais guidé sur le chemin de la vie, à qui j'aurai appris tout ce que je pouvais apprendre, et qui un jour m'aurait à son tour appris des choses, se moquant de sa vieille...
Je viens d'apprendre qu'un bébé avec la même DPA que toi était né mercredi. Un premier bébé aussi. Un petit garçon aussi. Et moi je retourne au boulot dans les jours qui devaient être les plus beaux de ma vie. Retour à la routine, à la "normale". Je ne suis même pas sûre que quelqu'un m'attendra vraiment en rentrant à la maison.
Ça ne va pas fort avec ton papa. Je crois que lui aussi se rappelle de la date, et il est vraiment irritable. On a failli se faire un câlin, et il m'a coupé toute envie en me disant "tu as bien pris ta pilule ?". Je sais que tu es irremplaçable, c'était pas le but du câlin..En fait, je me sens plus seule que je ne l'ai jamais été de toute ma vie. Je sais maintenant ce que c'est qu'enterrer un rêve. Je n'ai pas de passion, pas d'envie particulière, je vais juste ... faire des trucs. Si tu étais venu au monde et si tu avais grandi, je ne t'aurais peut-être pas parlé de divertissement au sens pascalien du terme, je n'aurais pas voulu te déprimer alors que tu devais toi-même construire ta vie...
Je crois qu'il m'en veut de t'avoir perdu. Mais j'en sais rien... Je me fais ptet des films. Si on se sépare, je lui poserai la question. Je ne lui poserai pas la question tant qu'on vivra ensemble, j'ai peur de la réponse. S'il dit que non, je ne le croirai pas, s'il dit que oui, je le croirai et je m'en voudrai encore plus que je ne m'en veux déjà. Je ne suis pas sûre de pouvoir vivre avec ça.
Tu devais naître pile entre l'anniversaire de ton papa et le mien. Ton fameux sens du timing. Je me rappellerai de toi ainsi, mon petit bébé qui serait né avec une montre intégrée dans ton ADN Smile
J'ai décidé de me plonger à corps perdu dans le boulot, de toutes façons j'ai l'impression de ne plus rien attendre de la vie. Je ne veux pas en parler avec les autres mamanges qui me font tellement de bien d'habitude, je ne veux pas les déprimer.
On commence à revoir les amis. Avec les nouvelles qui peuvent faire plaisir selon que j'y suis préparée ou non. Et évidemment les questions ... "Et vous, vous avez combien d'enfants ?". Est-ce que je peux dire que j'ai un enfant ? Que j'en ai eu un ? Quelle que soit la réponse, elle ne me satisfait pas, j'ai l'impression de nier ton existence.
Qu'est ce que je me sens seule... Alors que j'aurais dû être en train de te tenir dans mes bras. Ça me fait du bien de penser à toi, même si ça fait que je ne dors toujours pas, et demain matin ça va être horrible pour se réveiller.
J'ai retrouvé un poème que j'ai toujours détesté, je le trouvais vraiment trop triste. Maintenant je comprends. Je comprends la douleur associée à la beauté de chaque phrase. Je ne comprenais pas pourquoi il me dérangeait autant, ce poème. C'est "Elle avait pris ce pli", de Victor Hugo, pour sa fille Léopoldine qui est morte quelques jours après son mariage. Il l'a perdue deux fois. Morceaux choisis :


Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère (...)
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. (...)
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c'était un esprit avant d'être une femme. (...)
Son regard reflétait la clarté de son âme. (...)
J'appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu'elle est morte! Hélas! que Dieu m'assiste !

Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Lun 20 Mar - 20:47

Hello my Babylove,

Finalement j'en ai parlé, j'ai lancé une bouteille à la mer pour les mamanges. Comme une naufragée Sad Tu sais que j'aurais décoré ta chambre sur le thème de la mer, les pirates, les coffres au trésor, les bateaux, les coquillages, les poissons ? Je suis sûre que tu aurais adoré. Et c'était bleu.
J'ai supprimé la liste de naissance que je t'avais préparée sur Amazon. Si un jour (je rêve) tu as un petit frère ou une petite soeur, j'en referai une, celle là était que pour toi. Malheureusement, leurs recommandations en gardent encore le souvenir. C'est complètement ubuesque : un jour j'ai reçu un mail de leur part, des recommandations, avec une recommandation de berceau et un bouquin parlant du deuil périnatal. Evidemment, le lien c'est toi, mon bébé, mais bon.. J'ai trouvé ça stupide. Puis je me suis rappelé que c'était un algorithme qui faisait ça, je ne peux même pas en vouloir à quelqu'un Sad Bref.
Maintenant que j'y pense ... Est-ce que c'était de la superstition ou est-ce que je savais que notre aventure ensemble serait courte ? Je n'avais encore rien préparé pour toi quand on s'est dit Adieu...
Je vais au lit mon babylove, je vais essayer de dormir ça va être chaud bouillant demain. Je vais pas arrêter de penser à toi par contre.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.

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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mer 22 Mar - 11:31

Bonjour my Babylove,

Un petit moment tranquille sans personne pour me déranger, je saute sur l'occasion de venir te dire que je t'aime et que je pense à toi très très très fort.
J'ai enfin raconté à ma maman les pensées qui m'habitent depuis que je t'ai dit adieu, j'ai longuement hésité parce qu'elle reste une maman, ma maman, même si je la trouve bizarre. Mais est-ce que ce n'est pas le lot de tous les enfants / de toutes les mamans ? Je sais que si tu avais vécu dans ce monde qui est le mien, un jour ou l'autre nous ne nous serions pas compris... J'aurais espéré que ce ne sera pas un trop gros malentendu et qu'on n'en aurait pas eu beaucoup.
Je suis tombée sur cette citation, elle me fait encore penser à toi, alors je la poste ici.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.


Toute vie achevée est une vie accomplie : de même qu'une goutte d'eau contient déjà l'océan, les vies minuscules, avec leur début si bref, leur infime zénith, leur fin rapide, n'ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter. (F. Chandernagor)
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Mer 22 Mar - 11:43

PS my Babylove :
Etait-ce un signe de toi ? Si oui, sache que je l'ai bien reçu.
Cette sitcom que je n'aurais jamais regardée en temps normal... Leathal weapon. Dès le premier épisode, le héros perd sa femme et son bébé... Et l'inspecteur qui accueille l'autre héros s'appelle Adrian ! Du coup je vais continuer à regarder la série, j'ai l'impression de me voir dans le héros, Riggs, sans les armes à feu et les bouteilles vides. Le vide, les rêves, revivre l'histoire dans sa tête, prendre plein de risques parce que, peut-être, ça nous réunira, mais la peur de passer à l'acte par peur que tu aies honte de moi Sad Et puis ça serait direct l'enfer, je ne te verrai jamais Sad
Allez, je continue cette vie, show must go on parait-il. Je voulais juste de dire que je t'aime fort et que j'ai bien le message, je ne suis pas seule Smile

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.
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casper



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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Dim 10 Déc - 16:50

Hello My Babylove,

Ça faisait longtemps que je n'étais plus revenue ici. Je voulais... Je ne sais pas. Fuir ma douleur, c'est sûr. Je n'ose pas m'avouer que peut-être j'ai essayé de fuir ton souvenir. Malgré qu'en vrai, je m'y accroche. Je suis désolée, mon petit Amour, je ne pourrai jamais te laisser partir. J'essaie de laisser ton âme reposer en paix, depuis qu'il y a un an, j'ai compris que c'était fini. J'ai compris que c'était fini, mais je ne pense pas que j'ai réalisé. Je n'ai pas accepté.
Un an jour pour jour. 
J'espère toujours que je vais finir par te rencontrer. Que je pourrais te tenir dans mes bras, que je te verrais grandir, avoir tes premiers amis, tes premières leçons, ton premier amour... Je sais, je suis ridicule.  Je sais que ce ne sera jamais possible, mais ça ne veut pas rentrer. Après un an...
Il s'en est passé des choses, en un an. J'ai appris beaucoup de moi. Je travaillais pour fuir mes idées pas très sympathiques, on dirait que le contact "des autres" qui n'ont pas vécu ce que j'ai vécu a eu l'effet inverse. Je tiens parce que j'ai promis de rester avec ton père. Je ne veux pas qu'il revive un deuil à cause de moi. J'ai été vraiment près de te rejoindre. J'en ai voulu à ton père de me retenir. De continuer à m'aimer. Je lui en ai voulu parce que je continue à l'aimer. Je l'aime même de plus en plus.
Je n'ose plus lui parler de tout comme avant. J'étais presque en larmes devant des pubs Pampers. Je ne veux pas lui montrer que malgré tout son soutien, je ne suis pas revenue. Je suis morte, il y a un an. La meilleure partie de moi, celle qui avait des projets et des espoirs. Je suis un zombie, en mode automatique.
Les amis continuent leur vie, des mini-eux sont venus. Je suis horriblement jalouse. Je n'ose plus espérer ce bonheur d'être maman d'un enfant vivant.
Et pourtant, un jour, en me réveillant, j'ai demandé à ton papa s'il voulait qu'on réessaie de faire un enfant. Il a dit oui, si j'étais prête. J'ai ressenti un immense soulagement... A nouveau ce petit espoir. Pendant quelques temps, les pubs Pampers ne m'ont plus fait pleurer. J'ai même sincèrement félicité une amie pour sa petite fille. Et puis... La vie et son éternel recommencement ont repris le dessus.
J'ai l'impression de te trahir à penser à un petit frère/ une petite soeur.
Je n'ai toujours pas arrêté de fumer. Je me dis toujours "à quoi bon". Ces mots sont horribles.
Aujourd'hui, mon corps a lâché. Comme s'il se rappelait ton "non-anniversaire". Un minuscule rhume me met ko. Ne voudrait-il plus se battre, mon corps, comme moi ?
Mon corps n'a pas compris que tu n'étais plus là. Mon ventre est encore bien visible. Et les "cadeaux de dame nature" ne sont pas revenus depuis que je prends la pilule (même si j'ai arrêté la pilule depuis). Mais je sais que ce n'est pas pour les bonnes raisons, merci les tests.
On dépense des fortunes dans les psys, je savais pas qu'on était aussi riches avant de te perdre.
On se bat pour continuer, mais pareil, à quoi bon ?
Le boulot reprend ses mauvaises habitudes, le chef empiète à nouveau sur ma vie privée. Mais là, je ne le supporte plus. Ça va mal finir. J'ai presque envie que ça finisse mal.
Oh mon Adrien... Tu étais le seul rêve auquel je tenais vraiment sans oser me l'avouer. Et ce ne sera jamais possible.
Tu as le plus joli prénom du monde, on aurait dû t'en choisir un moche que personne ne porterait... Et des gens n'utiliseraient pas ton nom comme ça... ça ne me retournerait pas autant à chaque fois.
Je n'ai toujours pas réussi à avoir mon permis, que je voulais utiliser pour venir te voir aujourd'hui. Je crois que je n'en aurai plus le courage.
Tu seras à jamais dans mon coeur, mon ange.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.
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MessageSujet: Re: Adieu Adrien, mon soleil   Dim 8 Avr - 13:05

Coucou My Babylove,

Pardonne-moi... Je n'ai pas voulu revenir ici. Je n'ai pas pu. Et pourtant ...

Il n'y a pas une journée où je ne pense à toi. Il n'y a pas une nuit où tu n'es pas dans mes prières. Je demande que, où que tu sois, tu sois heureux, entouré d'amour, protégé de toutes les formes possibles de mal, guidé...
Je crois avoir perdu la foi en te perdant (oui, la phrase est bizarre). J'ai eu du mal à admettre pourquoi ce Dieu qu'on m'a toujours présenté comme un dieu d'Amour a permis notre séparation. Cette douleur. Cette absurdité.
J'ai retrouvé la foi, de temps en temps. Via un rien du tout agréable, via un sourire de ton papa... Via la satisfaction d'avoir survécu à une autre journée.
Et puis un jour j'ai décidé que j'aurais la foi et que je la garderais, sinon cela voudrait dire que tout était fini, que je ne te reverrais plus. Je préfère penser que, même si tu es loin, tu es quelque part où tu es bien. Où tu ne souffriras jamais. Où tu es protégé. Le paradis. Que tu m'attends. Qu'on se retrouvera. Que tu sais que je t'aime plus que tout.

Aujourd'hui est un jour spécial. Il fallait que je t'en parle.

Ça a commencé hier (oui, pour un aujourd'hui, il faut un hier).
On était en voiture avec ton papa. Voilà que passe une chanson, "You're still the One", de Shania Twain, que j'ai toujours aimée. Et voilà que je suis au bord des larmes. Ton papa, le pauvre, n'a rien compris. Pour le coup, je me suis dit que c'était quand même bizarre. Et là, j'ai eu un flash. Je me suis rappelée que c'était déjà arrivé. C'était quand tu étais là.
Effectivement, j'avais un peu de retard, mais comme mon corps n'est pas une machine fiable, je n'avais pas fait attention. Et comme ça fait de (très) nombreux mois que je suis déçue par le fait que j'utilise un test quelques heures avant que les anglais débarquent, cette fois-ci, je ne me suis pas précipitée. Mais bon, quand même. La possibilité.. l'espoir me trottaient dans la tête. Je n'osais pas y croire. Je n'osais pas écouter l'effet "you're still the one".
Et puis ... Je regarde les aiguilles, je regarde... Une barre bien nette... une deuxième barre... très nette elle aussi. Je n'y crois pas. Je me précipite hors des toilettes, ton pauvre papa était en train de petit déjeuner et voilà que je lui mets le test sous le nez... Désolée Darling.
Il s'en doutait, sans trop y croire lui non plus, il surveille mes cycles. Il pense que je suis enceinte. C'est fort probable. Demain matin je me précipite dans un labo d'analyses ! ça peut être un faux positif. Je n'ose y croire ...


Et puis.. j'ai envie d'y croire. Mais j'ai tellement peur ! et si c'était un "bis repetita" ? Pareil qu'avec toi.
J'ai arrêté de fumer.... avant de m'y remettre dès que ton papa a eu le dos tourné. Je ne me sens pas du tout fière de moi. Je suis sur les nerfs. Je voudrais en profiter du "on ne sait pas" pour être euphorique. Profiter pour être complètement heureuse, pour changer. Être heureuse sans arrière pensée. Mais voilà que je pense "qui s'attend au pire n'est jamais déçu".
J'ai demandé à ton papa comment il se sentait. Il faut le forcer. On ne parle plus trop tu sais. Il a dit qu'il était heureux, mais pas euphorique, comparativement à quand il avait appris que tu étais en route. Il n'ose plus. Moi non plus. Mais je ne peux pas m'empêcher de me projeter en sachant pertinemment que .. voilà. L'indicible peut arriver.
Je ne sais pas si on se remettra de perdre ton petit frère / ta petite soeur.

Tu vas rire. Normalement, je ne crois pas aux coïncidences, mais... là l'ironie est quand même un peu violente.

C'était pareil qu'avec toi (pas génial de voir des coïncidences partout, dans ce cas, hein?):
1/  J'ai eu un rdv avec la gynéco qui m'a dit d'attendre mon prochain cycle pour faire des tests. Bam. Là aussi, pas eu le temps de faire des tests, voilà que j'ai une deuxième barre ! alors que ça fait plus d'un an que je repousse l'idée d'aller chez le gynéco... et que je n'y croyais plus...
Par contre... Nouvelle Gynéco, je vois à sa tête que mon ancien gynéco aurait dû être alerté par certains symptômes qu'il a complètement ignorés... Très étrange, cela ne m'a rien fait, c'est comme si je regardais un film (et je me sens parfois plus impliquée dans les films !). J'ai pensé "de toutes façons, j'ai déjà perdu mon fils, à quoi bon mettre le doigt sur un fautif ? il ne reviendra pas".
2/ Grosse augmentation en vue au boulot mais en vrai je m'en fous
3/ (ce point là, c'est le pire). Ma DPA (j'espère qu'internet a tort... mais autant de sites avec le même résultat ???) très probable serait ... le 10/12. Le jour où tout s'est arrêté. Ton frère / ta soeur (si tout se passe bien) arriverait le jour anniversaire de celui où tu es parti ???
J'avoue que j'aurai énormément de mal à fêter son anniversaire le jour de l'anniversaire de ta mort.

Bref. Je continue mes séances de psy, ça va être violent la prochaine fois !

Tu seras toujours dans mon cœur mon petit ange. Même si je ne me manifeste pas. Même si les grandes eaux se sont arrêtées. Ton absence, je la ressens toujours. Le manque de toi est toujours aussi douloureux. Je crois qu'il ne disparaitra jamais.

Ta maman qui t'aime, maintenant et à jamais.
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