Bonjour,
Je viens aujourd'hui vers vous pour trouver un peu de réconfort et la force de trouver en moi les ressources nécessaires afin que rejaillisse cette étincelle qui m'a quitté lors de la perte de nos jumeaux.
Avec mon mari, nous nous sommes rencontrés il y a 9 ans, sur notre lieu de travail. Après quelques mois d'observations, nous ne nous sommes plus quittés.
Au terme de 3 ans de vie commune et après de multiples aléas, nous avons décidé de nous unir pour l'éternité. Ce n'était pas vraiment une décision mais plutôt une évidence, tout comme le fait de nous construire une famille.
Respectant nos convictions, après notre mariage, nous avons tenté d'avoir un enfant.
Hélas, les mois ont passé et les désillusions se sont répétées. Chaque test de grossesse négatif me rendait de plus en plus triste. J'ai donc décidé de consulter un gynécologue. Elle m'a fait faire les tests nécessaires avant de m'adresser au service de reproduction de la ville où nous résidons.
Et nous voilà embarqués dans un protocole de procréation médicalement assistée. On a beau en avoir entendu parler, on ne sait jamais ce que cela recouvre tant qu'on est pas passé par là. C'est un processus long, éprouvant et fatiguant tant physiquement que moralement.
Heureusement, l'espoir d'être enceinte m'a beaucoup aidé à vivre toutes ses épreuves.
Bien sûr, bien des moments éprouvants m'ont laissé un goût amer mais je m'accrochais à la finalité.
Après de nombreuses souffrances, le jour du transfert d'embryon, on m'annonce que nous avons obtenu 2 embryons de taille moyenne et que l'équipe soignante a décidé de nous les implanter tous les deux. Avec mon époux, nous nous étions déterminés pour un seul embryon alors j'étais étonnée de cette décision mais très contente. Seule, mais convaincue qu'avec mon mari nous serions d'accord, j'accepte la double implantation.
Je ressors de l'hôpital, transportée sur un nuage de bonheur et j'appelle tout de suite mon mari pour lui dire que je suis entrée à l'hôpital seule mais qu'en ressortant nous sommes trois. Il est très content mais me demande de ne pas tuer la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Scrupuleusement, je respecte toutes les consignes qui m'avaient été prodiguées et nous attendons avec impatience, le dosage des béta HCG.
Le résultat est POSITIF. Je suis enceinte, c'est le début d'une belle aventure. Reste à savoir, si un ou les deux bébés se sont accrochés. L'échographie nous le dira. Avec mon mari, nous sommes fébriles. L'écran s'allume et là, immédiatement, nous voyons deux sacs. Nous attendons des jumeaux. Nous sommes Heureux, plus rien ni personne n'existe autour de nous....J'ai pleuré toute la journée. Un vieux monsieur était si troublé par mes pleurs dans la salle d'attente que je l'ai entendu soufflé à l'oreille de son épouse : "La pauvre dame, elle a du apprendre une bien mauvaise nouvelle" Bien au contraire, je me sentais en vaine et indestructible....
A l'annonce dans la famille de la grossesse gémellaire, tout le monde est en liesse.
Les mois passent, je suis prudente et épanouie. Je ne me suis jamais sentie aussi bien.
Au retour d'une semaine en vacances, avec mon mari, nous décidons de faire une petite sieste afin de nous reposer. Ces moments là sont privilégiés, et on en profite pour se faire des câlins.(et cela d'autant plus que les hormones y sont favorables....) Je ressens quelques douleurs mais j'en conclus que mes petits bouts n'aiment pas être dérangés et que vraisemblablement la posture que j'ai adopté n'était pas la plus appropriée, alors je décide de rester allongée quelques minutes. Mon mari lui s'active dans la chambre de nos jumeaux. Il est en train de peindre les baguettes de bois qu'il a décidé de placer sur la porte. J'ai de vives douleurs, un peu semblables à celles que je pouvais avoir parfois lorsque mes régles s'annonçaient.A plusieurs reprises, je me lève. Entre deux crises, il y a des accalmies. Ca va passer, il suffit que je me repose. J'éprouve le besoin d'aller à la selle, et je suis constipée. Je ressens une drôle d'impression, il me semble que la tête du bébé est à hauteur de mon vagin....Il ne m'en faut pas plus pour m'inquiéter. J'essaie de me rassurer, il est bien trop tôt pour que j'accouche, même pour des jumeaux, je n'en suis qu'à 24 SA!Effrayée, je dis à mon époux que je désire prendre une douche et qu'il me conduise aux urgences. J'ai une sorte de 6ème sens, j'ai peur....J'ai toutes les difficultés du monde à me doucher. Je suis pliée en deux dans la douche. Impossible de m'essuyer et de m'habiller. Je demande à mon mari de m'aider et on se dispute car il ne sait pas comment m'aider et moi, je m'impatiente et je souffre. Je décide de m'apprêter seule et il va chercher notre voiture. Nous habitons à une trentaine de Kilomètres de l'hôpital. J'ai toutes les peines du monde à rejoindre la voiture et à y monter. J'essaie de trouver une position qui me permettra de faire le trajet sans trop de douleurs et je monte côté passagers, dos à la route, la tête dans l'appuie-tête. Mon mari refuse que je reste dans cette position, ce n'est pas prudent. Il me conseille de m'allonger sur le siège arrière. Je me mets à hurler et lui demande d'arrêter le véhicule, je n'en peux plus....Je descends de voiture et à peine ai je posé le pied à terre qu'un ballon de baudruche explose entre mes jambes....Je viens de perdre les eaux. Je suis trempée et je trépigne sur le trottoir, répétant sans cesse que mes bébés sont morts.
Durant le trajet, je n'ai plus mal. Je suis presque soulagée. Arrivée aux urgences, je suis prise en charge par une sage femme. Le temps ne passe pas vite, mais en vérité, tout m'a semblé se dérouler en quelques instants. Inquiéte, j'ai demandé ce qu'il en était. Il fallait toujours attendre, les examens, le médecin, l'appareil d'échographie mobile....Nous avons compris immédiatement qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Lors de l'écho, le médecin se voulait rassurant sur le 2ème bébé et ne nous parlait pas du 1er. J'attendais des faux jumeaux, seule la 1ère poche de liquide amniotique semblait s'être rompue.
On m'a conduit dans une salle de préparation à l'accouchement afin de me mettre en observations. La tête en bas et les pieds en l'air, toutes les 45 minutes, je prenais un cachet pour me détendre et ralentir les contractions. Au 3ème cachet, j'ai ressenti une vive douleur. Un toucher vaginal et la sage femme quitte la chambre. Avec mon mari, nous sommes inquiets, silencieux et soucieux. La sage femme en titre rentre dans la chambre, l'heure est venue de passer en salle d'accouchement.
Comment? Je ne veux pas : NON! Mais rien n'y fait, on me conduit sur un charriot dans cette pièce sombre. Le monde entier s'écroule. Que se passe t il? On m'enlève mon tee shirt et mon soutien gorge. On demande à mon mari d'enfiler une blouse et on m'installe. C'est un véritable cauchemar.
Je suis la principale intéressée mais j'ai eu l'impression d'être à côté de mon enveloppe charnelle. Consciente du malheur qui s'abbatait sur mes épaules, je n'arrivais pas à retomber sur terre....
A 23h31, le 30 juillet 2009, notre petite fille Lou est morte née.
J'ai croisé les yeux humides de mon mari.
Lorsqu'on m'a demandé si je voulais voir mon enfant, ma petite fille, mon époux a répondu pour moi. Je n'avais plus de mots, je crois que je n'avais plus la force de parler....Elle a disparu dans les bras de la sage femme pendant que je fermais les yeux...Que va t il arriver à ma petite fille? Et alors que je suis encore en état de choc, on m'explique que j'ai la possibilité de lui donner un prénom, quelles sont les alternatives qui s'ouvrent à nous pour ses funérailles, sa prise en charge....
Le deuxième bébé est toujours là il faut qu'on s'accroche pour lui. Mon mari me dit de ne pas m'inquiéter et que si je dois rester allitée, il s'occupera de tout. Il s'installe sur un siège à ma droite et s'assoupit. J'en fais autant.
Je sens le bébé descendre. Je ne lui en parle pas. J'essaie tant que je peux de lutter contre la douleur mais à bout, je finis par bipper les sages-femmes : le verdict est implaccable - le travail vient de commencer pour notre deuxième enfant.
Alan est mort né, le 31 juillet 2009, à 1H59
Nous sommes abattus. Comment est ce possible? Le monde tourne bien et en une seconde, il s'écroule...Je m'en veux. Je suis très en colère après moi, je n'ai pas réussi à les protéger. Quelle mère suis je? J'ai honte, au lieu de donner la vie, j'ai donné la mort. C'est l'incompréhension totale. J'ai fait tout ce qu'il fallait et lors de notre dernier examen, nous étions en forme tous les trois. Pourquoi sont ils partis sans moi? J'aurai préféré mourir. De toute façon, les jours et les mois qui ont suivi, c'est le sentiment que j'ai éprouvé. Je suis morte à l'intérieur de moi, ils sont partis avec mon coeur.
Convaincue de ma place auprès de mon époux, j'ai essayé pour lui de retrouver un équilibre. Mais pendant que lui était au travail, je restais à la maison, seule avec mon chagrin pour seule compagnie. Pas une journée ne s'est écoulée sans que je passe au minimum 3 à 4h à pleurer. Tout me ramenait à eux.Nos rêves, nos espoirs et nos projets se sont éteints me laissant dans l'obscurité la plus complète!
Jusqu'à l'accouchement, nous ne voulions pas connaître leur sexe. Nous nous en doutions mais nous voulions nous préserver cette surprise jusqu'à la fin. Nous avions eu de la chance, nous avions le choix du roi : une fille - un garçon....Que demander de plus?
Sur la table d'accouchement, j'ai demandé si je pourrais de nouveau être maman. Pour seule réponse, on m'a répondu qu'il était trop tôt pour faire d'autres projets et qu'il fallait que je fasse mon deuil. On m'a même dit : "on en remplace pas un chat par un autre chat!"
Mes parents sont venus immédiatement en apprenant la nouvelle. J'ai eu le sentiment que ma mère s'en voulait. Etre mère et impuissante face à la souffrance incommensurable de son enfant, c'est insupportable.
Un de mès frères m'a appelé quelques heures après pour nous présenter ses condoléances. Ceux sont des mots déchirants qui mettent un terme sur notre souffrance : la Mort! C'est terminé....
Ma soeur et mon autre frère, ont préféré ne rien dire....Je sais qu'ils ont pleuré mais ils ne m'ont rien dit. Leur attitude m'a profondément blessé car j'ai assimilé leur silence à leur volonté de faire comme si rien ne s'était passé. C'est faux : ma vie a volé en éclats et personne ne veux se baisser pour en ramasser les morceaux. Ils ont peut être raison car à quoi cela servirait il de les recoller? Le miroir ne sera plus jamais aussi étincellant.
Dans ma douleur, je me suis accrochée à mon projet de devenir maman à nouveau.
En janvier dernier nous avons entamé une nouvelle procréation médicalement assistée. J'ai mieux enduré les épreuves physiques mais moralement, j'ai beaucoup souffert....Cette 2ème FIV n'a pas donné les résultats escomptés. Nous n'avons obtenu qu'un seul embryon, et malgré les précautions dont j'ai fait preuve, il a refusé de s'accrocher.
Les larmes ont coulé le long de mes joues mais j'ai mieux accepté cette fausse couche que ce que je ne pensais. En fait, je venais de faire le deuil de mes petits anges
Dans le même temps, nous avons confirmé notre souhait que les enfants soient incinérés. Lorsque le gardien du cimetière m'a annoncé que la crémation s'était déroulée et que leurs cendres se trouvaient sur le jardin des souvenirs, des cris issus des profondeurs de mon estomac se sont entendus. J'étais effondrée devant l'accueil. Voilà, ils ne sont plus que cendres et poussières d'étoiles dans mes yeux....
Cela fait plus d'un an qu'ils m'ont quitté. Même si je fais des efforts, j'ai constaté que cela fait également un peu plus d'un an que je n'ai pas éprouvé de véritables plaisirs. C'est dur, il me manque quelque chose!
Fin mars, j'ai décidé pour mon salut de reprendre mon travail et de mettre de côté mon désir de maternité. Pourtant, je ressentais comme un pressentiment....Je m'y suis longtemps refusée au vu de mes expériences passées et puis, j'ai fini par faire un test de grossesse. Là encore, négatif! Colère et résignation....
Après quelques jours, j'ai pris RDV chez mon médecin. Depuis mon accouchement, j'éprouvais de vives douleurs à l'épaule mais à chaque consultation, mon médecin me retorquait que c'était ma façon à moi de gérer la perte de mes jumeaux, que c'était purement et simplement psycho-somatique. Je n'y tenais plus. J'ai eu de la chance, mon médecin était en congés et c'est son remplaçant qui m'a ausculté. Ne connaissant pas mon passé, il n'avait pas d'apriori et il m'a diagnostiqué une tendinite du muscle qui entoure l'épaule. J'étais soulagée. J'en ai profité pour lui confier que depuis ma reprise, je me sentais nauséeuse et sans appétit. Il m'a prescrit des analyses de sang et notamment un dosage des Béta HCG, ce qui lui a valu d'essuyer mes foudres!
Lorsque j'ai récupéré les résultats d'analyse, je les ai donné à mon époux. Il les a ouvert. Il est un peu curieux et surtout, il aime me féliciter quand ils sont dans la norme en me disant : "c'est bien Lapin, tu as réussi avec succès tes examens!"
Il y a eu un blanc et en me montrant une des lignes, il m'a demandé si c'était normal.
Mon coeur s'es arrêté de battre, ses yeux étaient humides, il m'a soufflé doucement : "Bravo Lapin"
Je suis enceinte.
Tout s'est précipité. J'ai eu beucoup de mal à me faire à l'idée. La datation de la grossesse m'a permis de réaliser quelque peu qu'une nouvelle aventure se profilait. J'ai vu son coeur battre. Je suis restée sans force.
Mon voeu le plus cher se réalisait et je ne parvenais pas à y croire...
J'ai voulu qu'on attende avant de l'annoncer. Je voulais être sûre....
C'est mon mari qui a pris les choses en mains pour annoncer cet heureux événement. Il était si heureux, il n'arrêtait pas de me demander si le petit bougeait, il me touchait le ventre....Je priais pour qu'il n'arrive rien car comment briser ce débordement de bonheurs....
En même temps, nous en avions tant rêvé qu'il était difficile de garder le secret pour nous. Quelques jours avant le 3ème mois, nous l'avons annoncé. Notre entourage était content mais il n'empêche que certains n'ont pu s'empêcher de dire que nous aurions du attendre car rien ne laissait présager que j'irai au terme de cette grossesse....C'est très blessant.
Demain, je rentrerai dans ma 36ème semaine. Le terme est prévu pour le 03 décembre. Il me tarde vraiment d'avoir notre bébé dans les bras. Comme pour les jumeaux, nous avons décidé de ne pas demander le sexe de notre enfant, ainsi cela sera la surprise. Mon mari est persuadé depuis le début que c'est un petit garçon. Pour le taquiner je lui ai dis que seule une petite fille était assez forte pour faire face à tous ces événements, mais plus les jours passent et plus, je me dis que c'est un petit garçon. Une intuition....Je voudrais qu'on le prénomme Elouan. Nous avons du mal à nous déterminer sur le choix du prénom, c'est bien normal car c'est une décision importante....Elouan signifie Lumière en celte. Je vous assure que c'est la lumière qui guidera mes pas.....
Les circonstances sont troublantes, le ciel nous a pris la prunelle de nos yeux et nous confie l'âme de ce petit être. Comment peut il être si cruel et si bon à la fois? Cette fois ci, notre pitchoune est un bébé couette et non un bébé éprouvette, c'est merveilleux. Les épreuves nous rapprochent et c'est tant mieux....
Les jumeaux auraient dû naitre en le 24 novembre dernier.
Mes deux grossesses sont différentes sur de nombreux points mais encore aujourd'hui, tout me ramène à eux....
J'ai peur de l'accouchement, des douleurs et de ne pas reconnaître comme la dernière fois, les contractions, j'ai peur qu'au lieu d'entendre le bébé crier c'est moi qu'on n'entende pour n'avoir pas réussi à donner la vie mais encore la mort! Pendant longtemps j'ai crains le terme fatidique des 24SA. Quand j'ai passé ce cap, je m'en suis fixée d'autres- je ne veux pas le perdre....Et puis les relations intimes avec mon chéri sont plus difficiles. J'en ai envie mais .... Je pense qu'inconsciemment, je m'y refuse pour ne pas revivre les douleurs qui se sont produites juste avant mon départ pour l'hôpital l'année dernière. Je m'en veux!
Je pleure tous les jours Lou et Alan, pourtant j'aime profondément et sincérement ce petit bout que je porte en mon sein. Je veux qu'il sache qu'il a une grande soeur et un grand frère mais je veux également avoir la force de ne pas lui empoisonner la vie avec mon chagrin. Je veux lui donner plein d'amour et lui donner une vie de famille harmonieuse.
Lorsque je verrai mon bébé, mes craintes s'envoleront sûrement mais en attendant, chaque jour davantage, elles me minent....Pour ceux et celles qui ont déjà vécu une 2ème grossesse après la perte de leur(s) enfant(s), merci de m'adresser vos conseils afin que je vive mes derniers instants de grossesse un peu plus sereinement.....
Ce post est long mais je voulais vous expliquer ma vie, mes sentiments, mes craintes...Merci de m'avoir lu jusqu'au bout et de votre soutien