Je me décide enfin à écrire ici l'histoire de la courte, si courte, si cruellement courte vie de notre Ange.
Il y a un an, à quelques jours près, nous apprenions que je portais la vie.
Nous étions si contents, car cela faisait plusieurs années que nous essayions.
Un mois après, je devais d'ailleurs commencer une FIV puisque nous avions très très peu de chances d'y arriver naturellement.
Mais le miracle s'est produit in extremis, et nous étions donc ravis !!
Le premier trimestre passe, je suis très fatiguée mais il se passe sans fausse couche, alors tout va bien.
Je commençais donc à me détendre et à envisager plus sereinement cette grossesse...
Jusqu'à la visite du 4ème mois, où ma gynéco me trouve une tension élevée.
Elle me dit donc qu'elle préfère que je sois suivie dorénavant par un spécialiste des grossesses patho. Bienvenue au club !
Direction les urgences gynéco pour un bilan plus complet. Les analyses sont bonnes, ma tension redescend un peu, alors je rentre chez moi avec un arrêt de travail et un traitement hypotenseur.
Quelques jours plus tard, je rencontre donc le spécialiste qui me confirme que cette grossesse risque d'être compliquée. Je ne reprendrai pas le boulot, je dois me reposer au maximum, d'autant plus que notre bébé est un peu petit. Bon, ça se complique, mais on y croit ! Repos, repos, ça va aller. Une sage-femme vient deux fois par semaine écouter le coeur du bébé, prendre ma tension et vérifier l'albumine.
Je revois le spécialiste un mois après, et l'écho morphologique confirme un retard de croissance important (300 g au lieu de 500g). Il prévoit une échographie pour 10 jours plus tard et me dit de me préparer à être hospitalisée si la situation ne s'arrange pas. Nous commençons à être très inquiet pour notre petit bout, mais tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir... Il bouge bien, il n'a pas de problèmes morphologiques, il est tout petit, bien trop petit mais s'il continue à grandir, ce sera l'essentiel... On est jeudi, fin du mois de juillet et du 5ème mois de ma grossesse...
Cette prochaine écho n'aura jamais lieu puisque tout s'est accéléré.
Le week-end, la nuit, je ne me sens pas bien, je n'arrive pas à dormir (mal à la tête, oppressée au niveau du thorax, vomissements...). Mon compagnon doit partir à l'étranger lundi matin, il hésite, je lui dit que ça va mieux, il part. Le mardi, la sage-femme vient me rendre visite : tension élevée (16 ou plus, je ne sais plus trop), 3 croix d'albumine. Là je me doute que ce n'est pas bon mais j'étais de m'imaginer à quel point... Je me retrouve donc à la maternité en fin d'après-midi... Je suis perfusée, ma tension est prise en continue, je suis piquée pour des analyses de sang, et le couperet tombe "vous faites une pré-éclampsie et on sera peut-être obligé de vous accoucher par césarienne ce soir" !!!! J'en suis à 23 SA + 5 jours, notre petit garçon ne survivra pas, c'est sûr ! C'est beaucoup trop tôt, en plus, il a un gros retard de croissance...
Je suis dans un état bizarre... Je me rend bien compte que c'est grave, très grave mais je ne me reconnais pas, je devrais être plus angoissée. Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe. J'apprendrai plus tard que c'est un des symptômes de la pré-éclampsie.
J'appelle mon compagnon pour lui expliquer la situation, il prendra le premier avion le lendemain matin.
Après de nouvelles analyses, ils me disent que mon état se stabilise, alors, ils décident d'attendre encore pour la césarienne. Se passent ensuite une nuit, une journée, où je suis piquée toutes les 4 heures, où ils adaptent les perf pour stabiliser ma tension...
Mon compagnon m'a rejoint le matin, et nous essayons de garder espoir, je me prépare à rester à l'hôpital le plus longtemps possible pour garder notre enfant en moi jusqu'à ce qu'il soit viable.
Le soir, j'ai même le droit de descendre d'un étage, en grossesse patho. Je n'y resterai que quelques heures, parce que je n'arrive pas à dormir, je me sens mal, et il s'avère que ma tension remonte en flèche. Je n'ai pas vraiment de souvenir de cette nuit, nous attendons avec crainte les résultats des analyses du jeudi matin.
Avant qu'ils n'arrivent, une sage-femme nous demande "vous aviez déjà choisi un prénom ?". Elle a utilisé le passé et nous comprenons que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le docteur viendra ensuite s'asseoir (c'est pas bon, non plus, qu'elle s'asseye) sur mon lit, et là, c'est officiel, mon état se dégrade, il ne peuvent plus attendre... Ils doivent me faire une césarienne pour sauvetage maternel... Pour me sauver la vie, il faut faire naitre notre bébé, et nous le savons, il ne vivra pas. Et non, nous n'avions pas choisi de prénom... Nous en avions quelques uns en tête, mais rien n'était arrêté. Et nous le devions le faire maintenant, pour sa mort...
Je donne donc naissance à notre ange qui ne survivra que 16 minutes...
Tout s'est passé si vite, en deux jours notre vie a basculé. En cinq mois, nous sommes passés de la joie de ce petit miracle à la douleur de la perte de notre premier enfant.
Notre ange s'est envolé il y a 7 mois. Nous avançons dans le deuil, alors nous allons globalement mieux, mais c'est tellement dur, il nous manque si cruellement.
Merci à qui aurait lu ce long post.
Bises et courage à vous pour la perte de vos anges.