Depuis déjà 6 mois, ma fille nous a quitté et ce n'est qu'aujourd'hui que je trouve le courage de mettre mon histoire par écrit...voici donc l'histoire de ma fille, Romane, qui s'est envolée le 11 octobre 2008.
Tout commence un soir de janvier 2008 lorsque mon amoureux m’annonce qu’il veut un enfant avec moi…un bébé à nous ! Notre premier ! Un bébé avec mon amoureux… c’est mon doux rêve, ce qui importe le plus à mes yeux.
En mai, nous apprenons que je porte notre enfant ! On l’annonce à nos parents au sommet de l’Empire State Building à New York! On pleure, on rit, on se réjouit !
Ma grossesse est plutôt difficile…je développe rapidement une inflammation du bassin qui m’amène une douleur constante et amplifiée à la marche et en position assise. Je passe graduellement de la canne, à la marchette, à la chaise roulante… Je reste couchée la majorité du temps. Ce n’est pas facile mais je garde le sourire parce que mon bébé va bien. À 21 semaines, nous apprenons que c’est une petite fille. Nous sommes si heureux ! Nous l’appelons Romane.
Nous débutons des cours d’haptonomie avec une amie à moi. Elle nous apprend à communiquer avec notre bébé par le toucher. Romane répond très bien. Elle reconnaît notre toucher et vient se blottir dans nos mains lorsque nous l’appelons.
Tous les soirs, nous lui faisons écouter une douce musique, « Born free », et elle danse dans mon ventre !
Le 8 octobre, je suis à 24 semaines de grossesse. Je me lève courbaturée, avec un mal de tête, mal de cœur et des frissons. Lorsque mon copain rentre le soir, je ne suis pas capable de souper, j'ai mal à tous les muscles de mon corps. Ma fille ne donne pas de coups dans mon ventre comme elle le fait normalement en soirée mais lorsque je l’appelle par le toucher, elle vient se blottir dans ma main...
Ma température était normale en journée mais lorsque je la reprends en soirée, je fais 38,5 de fièvre. Mon copain appelle Info santé et on nous conseille de se rendre à l'hôpital. À l'hôpital, ma température continue de grimper jusqu'à 39. Le cœur de mon bébé bat très vite à cause de la fièvre. On me laisse plus de 3 heures sur une civière inconfortable sans arriver à faire le monitoring du bébé. Mon bassin me fait souffrir. Je pleure, j’ai peur…
Les contractions débutent cette nuit là. Les médecins suspectent une chorio-amniotite (infection du liquide amniotique), me mettent sous antibiotiques et me donnent des médicaments pour faire cesser les contractions. Elles sont très douloureuses. Celles-ci ne cesseront que le lendemain soir.
La journée du 9 octobre, lendemain de mon admission, un médecin de néonatalogie vient nous rencontrer et nous explique que je risque d’accoucher. On doit décider si on réanime ou non, à 24
semaines… Le médecin nous explique le pronostic…mauvais…très mauvais. Comme je travaille moi-même en néonatalogie, en réadaptation auprès des enfants nés prématurément, je connais les risques et j’en ai déjà discuté dans le passé avec mon conjoint. Les risques sont trop grands à
ce stade…j’ai toujours dit que dans de telles circonstances, je ne réanimerais pas…pour ne pas que mon enfant souffre ou garde des séquelles…mais là, c’est différent! C’est MA fille! Mon sang! Mon amour! Mon chum répond au médecin qu’on refuse la réanimation pour l’instant. On réévaluera si jamais je n’accouche pas d’ici quelques jours. Il a raison, je le sais, mais je suis déchirée…ma belle Romane va peut-être mourir…mon bébé, mon amour…
Les médecins m’injectent un médicament pour accélérer la maturation des poumons de Romane. Si elle naissait dans quelques semaines, elle aurait ainsi plus de chances de survie. Ils me proposent une amniocentèse pour vérifier si mon liquide amniotique est infecté. Ils me disent que si tel était le cas, cela ne changerait rien au traitement. On refuse donc. En cette soirée du 9 octobre, mes contractions cessent enfin.
Vendredi 10 octobre au matin, on m’emmène pour une radiographie des poumons. Les médecins cherchent l’infection. Si elle est ailleurs que dans le liquide amniotique, ils ont bon espoir que ma grossesse se poursuive. En début de soirée, on vient nous annoncer que j’ai une bronchite. La résidente est tout sourire et nous dit qu’on peut garder espoir. On va changer mes antibiotiques et traiter la bronchite. Ma grossesse va peut-être se poursuivre.
Nous sommes vendredi soir. 24 heures que les contractions ont cessés. On reprend espoir. On appelle nos parents pour leur expliquer la situation, on les rassure, on leur dit que les contractions ne semblent pas reprendre et que la fièvre est tombée…que c’est une bronchite.
Cette nuit là, je ne dors pas…mon ventre me fait mal lorsque je me couche alors je reste assise dans mon lit…j’appelle ma Romane par le toucher et elle se blottit dans ma main. Nous restons blotties l’une contre l’autre toute la nuit…Comme les deux nuits passées, mon copain reste près de
moi, assis sur un fauteuil d’hôpital.
Le lendemain matin, 11 octobre, j’ai des douleurs dans les cuisses. Je ne sais pas ce que c’est…je crois que c’est mon bassin qui me fait encore souffrir. Je souffre, je pleure, les infirmières ne comprennent pas. Je demande un médecin mais personne ne semble vouloir réagir. Mon copain doit lui-même aller le trouver pour lui dire que je n’en peux plus et se fait méchamment dire : « Mon bon monsieur, j’fais c’que j’peux, chacun son tour! » Lui, il fait sa tournée du matin dans ce sens là et ça adonne que notre chambre est la dernière sur son chemin alors y’a rien qui va venir changer sa routine! Nous ne sommes pas à l'unité des soins intensifs alors rien ne presse.
Je souffre donc pendant 4 heures sans qu’un médecin daigne venir me voir. À 11 heures, lorsqu’il
arrive enfin, il me dit que mes douleurs aux cuisses sont en fait des contractions, que mon col est dilaté à 1 cm et il m’envoie en salle d’accouchement. J'ai des contractions aux minutes. On en
veut aux médecins qui nous manquent de respect et qui ne s’occupent pas de nous de toute façon. Tout ce qu’on veut, c’est rentrer à la maison.
Malheureusement, à 14 heures, je perds les eaux. L’infirmière va chercher la médecin résidente pour l’aviser que je vais accoucher. Elle n’a que 20 ans. Elle entre dans la chambre et s’exclame, tout sourire : « Bonjour Madame, c’est moi qui vais vous accoucher. Comment allez-vous aujourd’hui? » . À ce moment, j’aurais dû lui répondre :« Ben devine???? J’accouche de ma fille qui n’a que 24 semaines, le moral est pas au plus haut hein!!? » mais j’ai juste dit : « Pas très bien merci ». L'accouchement a été plutôt rapide mais très douloureux. Je ne voulais pas que ma Romane sorte, je voulais juste me réveiller de ce cauchemar… mais je n'ai pas eu le temps de
recevoir la péridurale que Romane était déjà là.
Quand on a déposé ma fille dans mes bras, j’ai senti une bouffée d’amour me monter au cœur! J’ai
tout de suite baissé ma blouse d’hôpital pour sentir ma fille sur ma peau et la réchauffer. Elle était vivante. Je pleurais, je lui parlais…je lui disais tout mon amour pendant qu’elle respirait encore. Mon amoureux a arraché son propre chandail pour coller sa fille contre son torse. J’ai ensuite demandé qu’on me donne de l’eau et je l’ai lavée, doucement. J’ai demandé un prêtre pour la baptiser mais celui de l’hôpital n’était pas disponible…je l’ai donc baptisée moi-même, avec un peu d’eau. Pourtant, au début de ma grossesse, j’avais dit à mes parents qu'on ne ferait pas baptiser Romane. Mais dans l’attente de la mort, j’ai senti qu’il fallait absolument que je le fasse, avant qu’elle ne s’envole…
Mon copain avait pris l’appareil photo avec nous…sa famille est de
Belgique alors depuis le début de ma grossesse, il faisait des reportages
photos pour que ses proches suivent la grossesse à distance. On s’est donc mis à prendre des photos de Romane dans nos bras. Tout plein de photos… Je suis tellement contente d’avoir ces
souvenirs d’elle…Après une heure, une heure où nous avons tenté de lui faire sentir la grandeur de notre amour, Romane s’est éteinte…
Ma belle fille, tu resteras à jamais notre belle petite étoile! Tu as fait preuve d’un courage hors du commun…tu es une vraie battante ma puce. Papa et maman sont très fiers de toi! Maintenant, brille mon étoile et amuse-toi bien dans la voûte céleste!! Danse dans les étoiles et laisse-toi gâter là-haut! Je ne peux pas pour l’instant veiller sur toi comme une maman devrait le faire mais dans un futur pas si lointain, nous irons te rejoindre là-haut, papa et moi, et nous serons ensembles pour l’éternité! En attendant, tu prends une très très grande place dans mon cœur et je pense à toi tous les jours de ma vie!
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Finalement, il s’est avéré que j’avais une bronchite et une infection du liquide amniotique. Depuis plusieurs jours, ma Romane vivait dans du liquide infecté et c’est pour cette raison qu’elle ne bougeait presque plus dans mon ventre…trop faible. Même si nous avions choisi la réanimation, elle serait probablement décédée à cause de la bactérie qui s’était infiltrée en moi…ou aurait eu de graves séquelles au cerveau.
Après discussion avec un spécialiste des maladies infectieuses qui a bien étudié mon dossier, l’hypothèse numéro un est la bactérie listéria. J’étais en plein dans la période de la crise de la listériose au Québec et même si je n’ai pas mangé de fromage au lait cru, la bactérie a pu se trouver sur n’importe quel aliment qui a été en contact avec la bactérie à l’épicerie ou au restaurant…c’est une énorme malchance…qui a coûté la vie à ma fille.